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Les français du Saint-Siège (et quelques statistiques)

21 février 2011 3 commentaires

Le Cardinal Jean-Louis Tauran

Cette semaine, pas grand-chose de nouveau au Vatican (enfin, si, un français vient de devenir cardinal protodiacre, mais c’est plus bas…). Alors du coup, je profite de la publication ce samedi matin de l’annuaire pontifical pour vous en parler un peu. Présenté au pape samedi, il donne des statistiques sur l’évolution de la présence catholique dans le monde. On y apprend que le nombre des catholiques a augmenté de 1,3% dans le monde, soit quinze millions de plus en 2009 par rapport à 2008. 49,4% des catholiques vivent sur le continent américain.

En bref, quelques chiffres : il y a plus de prêtres en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud, mais une baisse du nombre de ces derniers en Europe, en Océanie et en Amérique du Nord. Il y a environ 5000 prêtres de plus en 2009 qu’en 2000, soit 410.000 dans le monde. En ce qui concerne les religieuses, la crise demeure : leur nombre a chuté d’environ 10 000 de 2008 à 2009.

Des statistiques pour la France aussi

Le Guide 2011 de l’Eglise de France vient lui aussi de paraître. Avec là encore son lot de statistiques. Là encore, elles sont fondées sur les données de 2009, car il faut le temps de les analyser… En France, il y a plus de chiffres à la baisse : 316.286 baptêmes, soit 18.378 de moins en 2009 qu’en 2008 (quand même quasiment 6 %), 2027 confirmations en moins (45.037 en tout), etsurtout 10.900 mariage de moins en un an (il y en a eu 77.664 en 2009 contre 88.564 en 2008).

Du côté des hausses, 85 diacres permanents en plus (2 335) et le denier de l’Eglise, qui a augmenté de moins d’1% (soit moins que le coût de la vie, qui a progressé de 4 % sur la même période).

Et puis un chiffre qui se maintient, celui de la présence française au Vatican…

La présence française au Vatican

Dire combien de français travaillent au Vatican est une gageure, et je vous avoue que je suis incapable de répondre précisément à cette question. Car les services du Saint-Siège sont assez indépendant les uns des autres, et il n’y a pas, à ma connaissance de statistiques de ce genre (peut-être au niveau de l’APSA, qui gère les salaires et les embauches, mais je ne pense pas qu’ils produisent ce genre de statistiques). En outre, c’est plutôt par compétence linguistique qu’on classifie les gens. Et comment comptabilise-t-on quelqu’un qui possède un passeport diplomatique du Saint-Siège ? Français, résident du Vatican ? Vous voyez, c’est très compliqué.

En revanche. Je vous propose de nous arrêter sur les hommes qui ont des responsabilités fortes. Le seul cardinal français encore actif est le cardinal Jean-Louis Tauran. Il est président du Conseil Pontifical pour le dialogue interreligieux. C’est un homme fort du Vatican, car il a été pendant 12 ans secrétaire pour les relations du Saint-Siège avec les États à la Secrétairerie d’État. A ce poste, il était numéro 3 de la Secrétairie d’Etat, le plus gros service du Vatican, et cette fonction est celle de ministre des affaires étrangères du Saint-Siège. Un rôle important donc. Il a notamment couvert les guerres d’Irak, les attentats du 11 septembre… Malade, il a été déchargé de ses fonctions pour être archiviste et bibliothécaire du Vatican, mais en 2008, Benoît XVI l’a rappelé pour prendre la tête du Conseil Pontifical pour le dialogue interreligieux. Au vu de ce qui se passe actuellement dans le monde, c’est un poste de confiance, et toute la diplomatie de cet homme très simple et très humble est très utile à sa mission.

Et puis, petit ajout de dernière minute : on a appris aujourd’hui, lors d’un consistoire spécial (une rencontre des cardinaux), que 6 cardinaux étaient en quelque sorte promu du rang de cardinal-diacre au rang de cardinal-prêtre, et que de ce fait, le nuveau cardinal protodiacre était le cardinal Tauran. Le rôle du cardinal protodiacre est d’annoncer au monde le nom du nouveau pape. C’est lui qui proclame le « Habemus papam ». Et c’est donc le cardinal Tauran qui devrait le faire lors du prochain conclave… (cf. le site de Radio Vatican qui donne des informations complémentaires).

1 cardinal et 3 archevêques français au Saint-Siège

Eh bien le successeur du Cardinal Tauran est lui aussi français. Enfin, corse, mais on ne va pas chipoter ! C’est Mgr Dominique Mamberti. Comme le cardinal Tauran quand il occupait cette fonction, Mgr Mamberti est hyper discret… On ne l’entend quasiment jamais, et on le voit très peu également. En fait, il travaille pour le Cardinal Bertone, qui lui, comme secrétaire d’Etat, numéro 2 du Saint-Siège, a une véritable activité publique.

Et puis deux autres français sont numéro 2 de dicastères. Mgr Jean-Louis Bruguès, qui est secrétaire de la Congrégation pour l’Education catholique, et Mgr Jean Lafitte, qui est secrétaire du Conseil Pontifical pour la Famille. On peut cite aussi le Père Ardura, qui est président du Comité Pontifical des Sciences Historiques. Il était auparavant secrétaire du Conseil Pontifical pour la culture.

Des représentants français à Rome

Bien sûr, il y a des employés du Saint-Siège qui « montent » si l’on peut dire. Le père Jean-Marie Laurent par exemple, qui, en plus d’être recteur de Saint Nicolas de Lorrains, l’une des cinq églises française de Rome, est le responsable de l’organisation du « parvis des gentils », cette entité du Conseil Pontifical pour la culture qui va dialoguer avec les non-croyants. Et puis il y a le responsable de la section jeune du Conseil Pontifical pour les laïcs, le père Eric Jacquinet, qui s’occupe des JMJ notamment. Mgr Pascal Ide, chef de bureau en charge des universités catholiques du monde (il y en a près de 4000 quand même)…

En dehors du Saint-Siège de manière directe, il y a aussi le nouveau recteur de l’Université Pontificale Grégorienne, le père François-Xavier Dumortier. La Grégorienne, même si son statut est contesté aujourd’hui, reste l’Université la plus prestigieuse de l’Eglise, avec un tiers des évêques du monde qui y est passé… Le frère Bruno Cadoré vient également d’être élu, il y a quelques mois, comme Maître de l’Ordre des dominicains. Encore un français qui réside maintenant à Rome et qui représente l’hexagone dans la ville éternelle.

Et puis il y a les retraités. Le cardinal Roge Etchegaray, qui est vice doyen du Sacré collège, et donc, dans l’ordre protocolaire le n° 4 dans l’ordre de succession papale. Si le pape et les cardinaux Bertone et Sodanao meurent ensemble, c’est lui sui sera en charge de l’Eglise le temps de l’élection d’un nouveau pape ! Et pour finir, le cardinal Paul Poupard, qui malgré ses 80 ans, reste très actif en voyageant beaucoup et en étant encore consulté à Rome.

Voilà les « forces françaises romaines » de l’Eglise.

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Cette semaine au Vatican !

Le pape Benoît XVI a ordonné samedi matin, dans la basilique Saint Pierre de Rome, cinq nouveaux évêques. Et parmi eux, Mgr Savio Hon Tai-Fai, un prêtre chinois qu’il avait nommé en décembre secrétaire (c’est à dire numéro deux) de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples. C’est le poste le plus élevé auquel un Chinois ait jamais accédé au sein de la Curie romaine. A signaler que cet évêque fait partie de la congrégation des Salésien, comme le cardinal Bertone, le numéro deux du Vatican.

Si ces cinq évêques ont été ordonné à Rome, par le pape, c’est qu’ils travailleront directement pour lui. Soit dans les congrégations romaines, comme c’est le cas pour Mgr Savion Hon Tai-Fai, mais aussi pour Mgr Marcello Bartolucci, secrétaire de la Congrégation pour la Cause des saints, et Mgr Celso Morga Iruzubieta, secrétaire de la Congrégation pour le Clergé. Ce dernier succède à Mgr Mauro Piacenza, qui a récemment été promu cardinal.

Les deux autres évêques sont envoyés dans le monde, comme nonces apostoliques, c’est à dire ambassadeurs du pape auprès de différents pays. Il s’agit de Mgr Edgar Pena Parra Antonio, nommé au Pakistan et de Mgr Guido Filipazzi, qui a 48 ans, est le plus jeune nonce de la diplomatie vaticane. Ce dernier partira pour le pays comportant le plus de musulman au monde : l’Indonésie.

En général, des moments tels que ces ordinations sont choisis par Benoît XVI pour donner un message fort aux évêques qu’il ordonne, et par la même occasion, pour rappeler le sens du service qui doit prévaloir dans leur mission. Ce samedi, il les a enjoint à être des hérauts « intrépides » de « la vérité de Dieu » et non des « serviteurs de l’esprit de ce temps ». En bref, à servir la vérité. Et d’ailleurs, le pape soulignait que le rôle de l’évêque est de libérer l’homme de la « pauvreté de vérité » en lui donnant celle du Christ, et jamais d’être un « serviteur de l’esprit du temps ». Votre tâche, a précisé le pape, est d’entrer « dans le champ de l’histoire humaine », pour y travailler à la moisson de Dieu : « la moisson est abondante », aujourd’hui encore.

« Le pasteur, a insisté le pape, ne doit pas être un roseau des marais qui plie sous le souffle du vent », mais « comme un arbre qui a des racines profondes dans lesquelles il est solidement fondé. Cela n’a rien à voir avec la rigidité ou l’inflexibilité. C’est seulement là où il y a stabilité qu’il y a croissance ».

« Vous êtes appelés », a conclu le pape, « à jeter le filet de l’Evangile dans la mer agitée de ce temps pour obtenir l’adhésion des hommes au Christ ; pour les tirer, en quelque sorte, des eaux salines de la mort et des ténèbres, dans lesquelles la lumière du ciel ne pénètre pas. Vous devez les conduire sur la terre de la vie, dans la communion avec Jésus-Christ ». Un message qui s’adresse donc à ces nouveaux évêques, et qui insiste sur leur mission et leurs responsabilité. On est là, avec Benoît XVI, bien loin des honneurs qu’on imagine pour ces évêques, qui sont successeurs des apôtres.

Hier, lors de l’Angélus, le pape a parlé de la journée mondiale du malade qui aura lieu le 11 février. Le 11 février, c’est le jour de la fête de Notre Dame de Lourdes, où l’on commémore la première apparition de Marie à Bernadette Soubirous. C’est d’ailleurs en lien avec les miracles de guérison qui ont eu lieu à Lourdes que cette date a été choisie pour être celle de la fête des malades. Des malades dont Benoît XVI rappelait que chacun est « avant tout une personne ».

Cette journée est, selon Benoît XVI, « une occasion propice pour réfléchir, pour prier et pour accroître la sensibilité des communautés ecclésiales et de la société civile, envers nos frères et sœurs malades ». La pape a également évoqué son message pour cette journée, qui s’intitule « Par ses blessures vous avez été guéris » (1 Pierre 2, 24) : « Je vous invite tous à contempler Jésus, le Fils de Dieu, qui a souffert, est mort, mais est ressuscité. Dieu s’oppose radicalement à la tyrannie du mal. Le Seigneur prend soin de l’homme en toute situation, partage sa souffrance, et ouvre son cœur à l’espérance ».

« J’exhorte tout le personnel de santé à reconnaître dans le malade non seulement un corps marqué par la fragilité, mais avant tout une personne, à laquelle donner toute la solidarité et offrir des réponses adéquates et compétentes », a encore affirmé le pape.

A noter que lors de cette fête, le 11 février, dans la soirée, le pape se rend devant une reproduction de la grotte de Lourdes qui est dans les jardins du Vatican, et il prie le chapelet avec les pèlerins ou les personnes de Rome qui viennent le rejoindre.

Et dans l’actualité plus proche, le pape a parlé ce matin de l’éducation des jeunes. Comme chaque fois qu’une congrégation romaine se retrouve en assemblée plénière, elle est reçue par le pape. C’était le cas ce matin en fin de matinée pour la Congrégation pour l’éducation catholique, le ministère du pape chargé du suivi des établissements d’enseignement catholiques (collèges et lycées privés, ainsi que les séminaires et les universités) du monde. Benoît XVI est revenu sur l’une des urgences prioritaires à ses yeux  : « L’urgence éducative ».  Il s’agit là, a-t-il dit « d’un des défis les plus urgents pour l’Église ».

En partant du relativisme, qui est un peu son credo de ce qui détruit l’homme, il pointait le manque de « la lumière de la vérité », qui instille « le doute sur les valeurs de base de l’existence personnelle et communautaire ». Pour le pape en revanche, « la vision chrétienne de l’homme et de la réalité »  doit « éduquer à un acte d’amour, à l’exercice de la charité intellectuelle, qui demande responsabilité, dévouement, cohérence de vie ». C’est la raison pour laquelle Benoît XVI a appelé les établissements d’enseignement catholique à « conjuguer une claire conscience de leur identité et une ouverture à l’altérité, pour répondre aux exigences du vivre ensemble dans les société multiculturelles ».

Un appel à oser affirmer la vérité, tout en ne l’imposant pas de force. Et pour cela, il faut bien reconnaître que l’on peut se baser sur son action et ses paroles comme un modèle.

Et puis, ces derniers temps, il y a quelques remous concernant le célibat des prêtres, et ce dans les pays germanophones plus précisément. 143 théologiens (professeurs de théologie pour être exact) ont signé une lettre, dont le titre n’est rien de moins que « Église 2011 : un renouveau indispensable ». Faisant suite à la crise et aux crises de l’Eglise en ce début de millénaire, il s’agit selon ses auteurs, d’un « appel à un dialogue ouvert sur les structures de pouvoir et de communication, sur la forme des ministères et la participation des fidèles à la responsabilité ecclésiale, ainsi que sur la morale et la sexualité ». De vastes sujets donc…Les auteurs reconnaissent qu’à quelques mois de la bisite du pape, ce débat peut « inquiéter certains », mais ils ajoutent que « l’autre solution, un silence de mort qui serait la conséquence d’un anéantissement de tous les espoirs, n’est pas acceptable ».

Ces professeurs de théologie stigmatisent surtout la hiérarchie de l’Eglise, parlant par exemple de « structures sclérosées ». C’est donc une démarche ecclésiale qui est posée. Mais les thèmes choisis par les théologiens allemands sont bien trop vaste pour, honnêtement, permettre le débat. Si certaines propositions ne s’opposent pas au droit et à la doctrine de l’Eglise, comme le célibat sacerdotal, d’autres sont en oppositions avec l’Evangile et à la Bible elle-même (la question des divorcés remariés ou de la reconnaissance des mariages homosexuels par exemple). On est donc sur des niveaux très différents de dialogue… Personne ne dit qu’on n’arrivera pas à une solution pour chacun de ces problèmes, mais tout mettre dans la balance, c’est le meilleur moyen pour tuer le débat dans l’oeuf !

Mais ce n’est pas la première fois que les théologiens allemands usent cette méthode… Il y a 40 ans déjà une lettre ouverte circulait. C’était en 1970, neuf théologiens avaient écrit un mémorandum pour les évêques allemands sur le lien entre le célibat sacerdotal et la présence de l’Eglise au monde. La raréfaction des vocations, indiquaient-ils, pose la question de la pertinence du célibat ecclésiastique. S’il s’agit d’une recherche pratique, ce n’était en tout cas pas une pétition. Parmi les signataires, de grands noms de la théologie, comme Karl Rahner, Walter Kasper, ou encore un jeune théologien : Joseph Ratzinger… 40 ans plus tard, devenu pape, il ne doit donc pas trop se scandaliser de cette démarche des professeurs de théologie allemands…

A noter que l’Osservatore Romano, le journal du pape, a parlé de cet appel des théologiens d’Allemagne, d’Autriche et de Suisse. Il a bien évidemment marqué son désaccord en citant le secrétaire de la conférence épiscopale allemande, mais le fait de ne pas avoir nié la réalité de cet appel est un point positif et relativement nouveau dans la culture du Saint-Siège…

Enfants et ambassadeurs : la semaine du pape !

10 janvier 2011 1 commentaire

Photo tirée du site http://www.annuncioblog.com

Cette semaine, on met les enfants à l’honneur, car la semaine dernière, c’est le pape lui-même qui les a mis au centre de l’actualité du Saint-Siège. Et c’est d’ailleurs une constante ces derniers temps en ce qui concerne Benoît XVI : lors de ses voyages ou lors des célébrations liturgiques, il s’arrête pour embrasser et bénir les petits enfants qu’il voit. J’ai le souvenir de sa visite à Londres, où sur le parcours pour aller à Hyde Park, pour la veillée de prière avant la béatification de Newman, il a fait arrêter la papamobile plusieurs fois et s’est fait apporter des petits enfants que les parents lui tendaient pour les bénir.

Ce jeudi, pour la fête de l’épiphanie, car à Rome la fête est fériée et a lieu le 6 janvier, il s’est, comme souvent, arrêté lors de la procession d’entrée, pour bénir les enfants. Et on voit très bien que c’est vers eux qu’il va, car même si tous les adultes veulent le toucher ou lui embrasser les mains, c’est les enfants qui ont droit à ses faveurs.

On voit ça aussi lors des processions d’offrandes, durant les célébrations papales, où des familles avec des enfants sont systématiquement présentes.

Et puis, hier, Benoît XVI a célébré le baptême de 21 enfants dans la chapelle Sixtine. C’est une tradition que le pape, durant la messe de la fête du baptême du Seigneur, baptise des enfants, et là encore, le sourire de Benoit XVI était éloquent de sa joie.

Et à l’occasion de l’Epiphanie, cette semaine, le pape a aussi été à la polyclinique Gemelli pour y bénir un centre de recherche médicale pour les enfants. La veille de la fête de l’Épiphanie, mercredi donc, Benoît XVI s’est rendu à l’hôpital Gemelli pour y rencontrer des enfants malades. Cet hôpital est connu car il est celui où Jean Paul II avait été soigné après son attentat. Mais il faut avant tout savoir que c’est l’hôpital universitaire qui dépend de l’université du Sacré cœur, donc un hôpital catholique. Il tient son nom d’un savant italien, le professeur Agostino Gemelli, qui était aussi fransiscain.

Dans cet hôpital, le Pape a béni les locaux où se trouvent des enfants atteints de spina bifida, une malformation congénitale de la colonne vertébrale qui entraîne des difficultés de la mobilisation des membres inférieurs et une insensibilité du bassin. C’est un geste important qui offre un peu de visibilité à cette maladie génétique trop souvent oubliée.

Au cours de cette visite, Benoît XVI s’est donc rendu au chevet de 28 enfants répartis dans 16 chambres, en présence de leurs parents, et a demandé des nouvelles de chacun de ces enfants. Il insiste ainsi clairement sur l’importance de la famille dans la lutte contre cette maladie, comme dans la lutte conter toute maladie, comme sur l’importance de soigner cette maladie, plutôt que de choisir la voie d’un eugénisme thérapeutique…

En visitant le département des soins intensifs pour les nouveaux-nés prématurés, qui abrite 12 couveuses, Benoît XVI a aussi échangé quelques mots avec le personnel soignant. Le Pape a ensuite rencontré dans une salle de l’hôpital une cinquantaine d’enfants soignés dans les différents départements, leurs parents et le personnel hospitalier. Les petits malades ont chanté pour leur hôte avant de recevoir chacun un cadeau des mains du Pape, à la veille de la fête de l’Epiphanie qui est le moment où les petits italiens reçoivent les cadeaux normalement. Et Benoît XVI leur disait ces mots : « Chers enfants, je viens aussi pour faire un peu comme les rois mages que nous fêtons à l’Epiphanie. Ils apportèrent des offrandes à l’Enfant Jésus pour lui manifester leur attachement et adoration. Aujourd’hui, moi aussi, je vous apporte quelques cadeaux afin que vous ressentiez l’affection et la solidarité du Pape ».

Et puis c’est aujourd’hui qu’à eu lieu la rencontre du pape avec le corps diplomatique. Le Saint-Siège est reconnu par de nombreux pays qui entretiennent des relations diplomatiques avec lui. Et pour être précis, on parle bien de Saint-Siège et pas du Vatican. Le Saint-Siège, c’est un peu, pour prendre une image connue, la personnalité morale de l’Eglise. Et suite à la perte des Etats pontificaux, en 1871, la diplomatie vaticane a préféré être présente sous cette forme que sous celle de l’Etat de la cité du Vatican… A noter que la plus ancienne représentation diplomatique française remonte à 1465, et c’est l’ambassade de France près le Saint-Siège.

Aujourd’hui, suite au pontificat de Jean-Paul II et à l’action de son substitut pour les relations avec les états, l’actuel cardinal français Jean-Louis Tauran, 178 pays ont un ambassadeur accrédité auprès du Saint-Siège. Parmi les pays absents, on remarque l’Arabie Saoudite, le Vietnam et surtout la Chine. A ces 178 ambassades, il faut ajouter également quelques délégations particulières : l’Union européenne et l’Ordre souverain de Malte, ainsi qu’une Mission à caractère spécial : le bureau de l’Organisation pour la Libération de la Palestine.

En outre, le Saint-Siège est présent à l’ONU en qualité d’état observateur, et il est membre de 7 organisations internationales affiliées à l’ONU.

Lors de cette rencontre qui est, chaque début d’année, un moment fort qui permet au pape de donner les lignes d’actions fortes du Saint Siège pour l’année à venir, Benoît XVI a adressé, depuis la salle royale, son discours aux ambassadeurs présents, et il est revenu, vous vous en doutez, sur la question de la liberté religieuse. S’il soulevait les problèmes actuels, principalement au Moyen-Orient ou encore nommément la loi anti blasphème au Pakistan, Benoît XVI disait également apprécier « l’attention pour les droits des plus faibles et la clairvoyance politique dont certains pays d’Europe ont fait preuve ces derniers jours, en demandant une réponse concertée de l’Union Européenne afin que les chrétiens soient défendus au Moyen-Orient ».

Mais le pape a également visé l’Europe, en des termes là encore très clairs : il visait les « pays dans lesquels on accorde une grande importance au pluralisme et à la tolérance, mais où la religion subit une croissante marginalisation. On tend à considérer la religion, toute religion, comme un facteur sans importance, étranger à la société moderne ou même déstabilisant et l’on cherche par divers moyens à en empêcher toute influence dans la vie sociale ». Et de rappeler la controverse italienne (à laquelle d’autres pays se sont joints) pour défendre la place des crucifix dans les salles de cours.

Et c’est également dans cette veine que le pape a soulevé la question de la dignité de la personne, jusque dans les cours d’éducation sexuelle obligatoire dans certains pays d’Amérique latine, ou qui passe par une dévaluation de la famille ou le relativisme des lois éthiques. Et Benoît XVI appuyait avec force sa conviction que « la religion ne constitue pas pour la société un problème, qu’elle n’est pas un facteur de trouble ou de conflit. Je voudrais répéter que l’Eglise ne recherche pas de privilèges, ni ne veut intervenir dans des domaines étrangers à sa mission, mais simplement exercer celle-ci avec liberté ».

En conclusion, le pape citait Mère Térésa, dont nous fêterons cette année le centenaire de la naissance, pour illustrer comme la religion pouvait avoir un rôle bénéfique pour toute la société.

Wikileaks-Vatican : acte 2 !

13 décembre 2010 2 commentaires

image tirée du site http://www.numerama.com

Wikileaks refait parler du Vatican. Après une première salve il y a deux semaines (à lire et ), les câbles (ces messages diplomatiques) piratés et rendus publics par ce site offrent 15 nouveaux documents de la diplomatie américaine sur le Vatican. Et ils sont plus consistants que les précédents, qui concernaient l’élection de Benoît XVI, et avaient fait rire tout le monde à Rome par la légèreté de leur contenu (je rappelle qu’on pouvait lire dans les journaux tout ce qui était contenu dans ces messages). Donc, dans la nuit du vendredi 10 au samedi 11 décembre 2010, le site Wikileaks, relayé par différents journaux, a diffusé de nouveaux câbles diplomatiques concernant le Saint-Siège. Ces télégrammes évoquent principalement les réseaux diplomatiques du Saint-Siège dans le monde ou encore le Secrétaire d’Etat du Saint Siège, le cardinal Tarcisio Bertone.

On y apprend entre autres que le Saint-Siège aurait joué un rôle clé en 2007 dans la libération des marins anglais détenus par les iraniens, et ce grâce aux bonnes relations diplomatiques entre ces états, même si, sur l’insistance des Etats-Unis, le pape n’a pas rencontré personnellement Mahmoud Ahmadinejad lors de sa venue à Rome pour le sommet de la FAO en 2008. Ou encore que le Vatican et le FBI ont collaboré pour mettre en place un plan antiterroriste contre les menaces visant le pape ou les pèlerins. Alors que le Vatican avait refusé cette collaboration plusieurs fois dans le passé, les évènements du 11 septembre ont changé la donne, même si le responsable de la gendarmerie du Vatican a demandé à conserver une « ample marge de manœuvre » dans ce domaine.

Et toujours dans le domaine diplomatique, les câbles américains rappelle que pour le Vatican, la « dictature laïque de Saddam Hussein » serait plus favorable à la liberté religieuse  que « n’importe quelle solution qu’une “guerre injuste” pourrait apporter, y compris celle d’une “dictature islamique” ». Voilà pourquoi le Vatican n’a pas suivi les Etats-Unis quand ils cherchaient son aval sur l’idée d’une guerre juste.

Les Etats-Unis semblent donc convaincus du poids “politique” du pape, selon ces télégrammes, et, ils ont cherché à l’utiliser

En fait, vous connaissez peut-être la question de Staline à qui l’on parlait du Vatican : « Le pape, combien de divisions ? ». Eh bien les Etats Unis n’ont pas fait mieux, en cherchant à utiliser le pape et sa parole ou son soutien en fonction de leurs intérêts, n’en voyant pas la spécificité sur la scène internationale. Dans les messages, on trouve des phrases comme « Le Vatican est l’une des rares entités souveraines à avoir une présence dans presque tous les pays du monde », ou encore on évoque le « poids » de la parole papale « dans les pays traditionnellement catholiques ». Concernant l’Irak, dont je viens de citer la situation, chargé d’affaires américain écrit notamment : « Nous continuons à faire pression pour que le Vatican publie des commentaires constructifs sur l’Irak ».

En outre, le réseau d’information du Saint-Siège est reconnu par les Etats-Unis. Selon un document de Wikileaks, en Chine, le Vatican a « d’excellentes sources d’informations sur les dissidents, les droits de l’homme, la liberté religieuse, le contrôle du gouvernement sur les populations ». Idem en Corée du Nord, où « des organisations caritatives catholiques se rendent régulièrement ».

Mais en même temps, on tombe sur des rapports stupéfiants comme cette phrase : « Parfois, le pape irrite les hommes politique et les journalistes en faisant ce qu’il pense être le mieux pour l’Eglise, comme réintégrer les intégristes ou s’interroger sur la canonisation de Pie XII ». Je vous avoue que finalement, je  préfère vraiment que Benoît XVI agisse comme ça plutôt que de suivre l’opinion versatile de certains hommes politiques ou journalistes…

Un autre câble porte le titre « Le pape vert soutient le projet Etats-Unis à Copenhague ». Il est basé sur des discussions avec deux personnes du Vatican (Paolo Conversi, de la secrétairerie d’Etat et Mgr James Reinert, du Conseil Pontifical pour Justice et Paix, mais il néglige carrément le discours du pape aux ambassadeurs accrédités près le Saint Siège le 11 janvier 2010 durant lequel Benoît XVI a été très critique sur le manque d’engagement en vue du travail à accomplir face aux changements climatiques. C’est donc une lecture très univoque de la situation qui a été présentée par les responsables de l’ambassade américaine !

Outre les relations internationales, il  y a aussi les jugements sur le cardinal Bertone, le n°2 du Saint-Siège et sur la curie romaine

Le cardinal Bertone, dans ces documents, est défini comme un « béni oui-oui », qui est incapable de parler autre chose que l’italien, et n’y connait rien à la diplomatie.  Il a, selon ces documents « un style pastoral qui le pousse souvent hors de Rome, à s’occuper de problèmes spirituels plutôt que de politique extérieur et de gouverner ». Et de continuer en déclarant que de nombreuses voix au Vatican, dont celle de son prédécesseur, le cardinal Sodano, auraient demandé sa démission. Parmi les détracteurs, qui ne sont pas cités mais que tout le monde connaît au Vatican, se trouveraient également Mgr Filoni, le substitut de la Secrétairerie d’Etat (son n°2), le cardinal Angelo Bagnasco, président de la Conférence Episcopale italienne, le cardinal Ruini, ancien vicaire de Rome, et même cardinal Scola de Venise. Beaucoup d’Italien opposés à la manière d’administrer les relations du Saint-Siège avec l’Italie par le Cardinal Bertone, ainsi qu’à la place du Vatican dans la gestion de l’Eglise italienne.

En fait, excepté le fait que le cardinal Tarcisio Bertone parle français, espagnol, allemand et portugais, et qu’il a des difficultés avec l’anglais, le reste des constatations est vraies, et s’est retrouvé plus d’une fois dans les journaux italiens. Le secrétaire d’Etat de Benoît XVI ne vient pas de la diplomatie pontificale, comme ses prédécesseurs, et agit donc de manière totalement différente d’eux. Et i la réagit lui-même à son appellation de « Yes-Man », en se disant « honoré » de suivre ainsi ce que disait le pape. Il me semble qu’il y a là un manque de réalisme, car le Cardinal Bertone a aussi son propre pouvoir (souvent mentionné dans les journaux italiens, principalement au moment des nominations où il place allègrement ses frères salésiens). Les documents de Wikileaks disent également qu’en dehors du cardinal Bertone, « les autres cardinaux n’ont que peu d’influence sur le pape ou manquent de confiance pour lui apporter de mauvaises nouvelles » ou « des visions différentes ».

Toujours sur les points faibles du Vatican, la curie est décrite comme « italo-centrique » (cf. les nominations du cardinal Bertone, qui a placé pas mal d’amis et d’anciens du nord de l’Italie), « obsolète » et elle ne sait pas communiquer. Selon un message, les services du Vatican écrivent « un langage dans un code que personne à par eux n’est capable de déchiffrer ». Les responsables de la curie sont également décrits comme « technophobes », ce qui implique que « le Saint-Siège souffre d’une communication confuse. Seul le père Lombardi possède un Blackberry, et peu d’entre eux ont un mail ». Là encore, au vu de l’âge des responsables, rien de choquant… Le père Lombardi est donc le seul qui échappe au jugement sur les communications ; il est vu comme un homme débordé entre ses différentes missions, même si les diplomates en oublient au moins une (conseil de général des jésuites) dans leurs messages. A noter qu’un câble concerne le cas du Code Da Vinci, le livre de Dan Brown. On y apprend que l’Opus Dei a proposé trois possibilités : ignorer les attaques, choisir la guerre ouverte, ou répondre coup pour coup en niant les accusations et en expliquant les buts de l’association dans le monde. On le sait, c’est cette dernière option qui a été choisie, avec succès comme le notent les diplomates américains.

Dans le style des attaques contre le Saint-Siège, les diplomates américains ont relevé des traces d’antisémitisme au Vatican. Selon l’AFP, un « document cite « un responsable âgé d’origine française » (« older desk officer of French origin ») qui se plaint dans les termes suivants: « La forte attention (du gouvernement américain) pour l’antisémitisme moderne européen dérive de l’influence excessive des Juifs dans nos médias et notre gouvernement » ».

Concernant les abus sexuels dans l’Eglise. Les câbles rapportent la position du cardinal Sodano qui dès 2002 est intervenu auprès de l’ambassadeur des Etats-Unis près le Saint-Siège en rappelant que le Vatican était un Etat indépendant face aux mises en causes des avocats américains. Même ligne de défense quand la justice irlandaise s’est directement adressé au Vatican, sans passer par le truchement des règles diplomatiques. C’est donc plus une demande de défense de la souveraineté du Vatican qu’un refus de répondre aux questions posées qui était ainsi exprimé.

Dernier point : suite à ces fuite, dans les couloirs du Saint-Siège, la peur de la chasse aux informateurs se ferait jour. Certains noms, dont celui de Mgr Paul Thige, secrétaire du Conseil Pontifical pour les Communications Sociales, est déjà sorti, à voir comment l’administration vaticane va réagir…

Face à ces publications, le Vatican a réagi

Le Père Lombardi, le directeur du Bureau de Presse du Saint-Siège, a publié un communiqué où il est écrit, comme il y a deux semaines, que ces documents « ne reflètent que les perceptions et les opinions de ceux qui les ont écrits et ne peuvent en rien être considérés comme l’expression de la position du Vatican ».  Il souligne cependant « l’extrême gravité de la publication d’une grande quantité de documents confidentiels et de ses possibles conséquences ».

Le nouvel ambassadeur américain près le Saint-Siège, Miguel Diaz, « condamne fermement » ces publications et affirme qu’il ne fera aucun commentaire sur leur authenticité, rappelant qu’il travaille avec le Saint-Siège sur de nombreux dossiers, au « service du Bien Commun ». Il se dit persuadé que le travail de la diplomatie américaine sur ces points importants « résistera à ce défi » de la publication de ces notes.

En outre, samedi, le journal du Saint-Siège, l’Osservatore Romano, pour ne pas donner de poids à ces messages, les a complètement ignorés.

Decryptage de l’Actu du Saint-Siège – 2

20 septembre 2010 2 commentaires

Ce matin, un évènement historique s’est déroulé à Rome : Le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, a participé à la commémoration officielle du 140ème anniversaire de la « Brèche de Porta Pia ».

Un point historique pour resituer le contexte de cet évènement : En 1870, alors que l’Italie était en train de se construire à partir des Royaumes de Naples, de Savoie, de Sardaigne, du Piedmont,… sous l’impulsion de Victor-Emmanuel II, les troupes italiennes forcent les murailles de Rome, et font donc tomber les Etats Pontificaux (c’est un résumé rapide, je le concède). Le pape, qui est réfugié au Vatican, voit son dernier lopin de territoire, la ville de Rome en l’occurrence, prise par les troupes italiennes. Pie IX se déclare alors prisonnier au Vatican. Le concile qui est en cours au Vatican (le concile Vatican I) est arrêté, et la situation reste ainsi figée pendant presque 60 ans. Léon XIII, le pape qui a largement mis en lumière la doctrine sociale de l’Eglise, restera dans la même ligne politique. Jusqu’aux accords du Latran, signés en 1929, les papes craindront toujours une ingérence de l’état italien dans les affaires de l’Eglise. Et même plus tard, durant la seconde guerre mondiale, avec les troupes nazies sous ses fenêtres, Pie XII ne sera pas tranquille.

Alors vous imaginez bien que quand le numéro deux du Vatican, celui qui porte encore le titre de secrétaire d’Etat – alors que cet état est réduit aujourd’hui à un territoire de 44 ha – se rend à la commémoration de cet évènement, sa présence est remarquée.

photo : wikimedia

Ce matin donc, le cardinal Tarcisio Bertone, en marge de cette commémoration présidée par le président italien, Giorgion Napolitano, a estimé que la fin des Etats pontificaux, 140 ans plus tôt, avait marqué « la liberté retrouvée du pasteur et de l’Eglise universelle, ainsi que la concorde retrouvée entre la communauté civile et la communauté ecclésiale qui travaillent dans de très nombreux domaines pour le bien du peuple italien ». On voit là un changement de ton depuis les appels et les peurs des papes du XXème siècle.

Alors, certes, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la situation politique a changé, mais il me semble qu’il s’agit aussi d’une nouvelle étape pour l’Eglise. Après la chute des Etats Pontificaux, les papes ont réclamé leurs biens, et également leur pouvoir temporel. Suite aux accords du Latran, la situation s’est calmée, mais sans une réelle sécurité (pour preuve, Pie XII et les craintes que les nazis n’entrent au Vatican). L’histoire s’est prolongée après la seconde guerre mondiale, dans un climat d’oubli, de statu quo… Paul VI a ainsi abandonné le port de la tiare, qui symbolisait son pouvoir temporel et spirituel, mais quand Jean Paul II est arrivé sur le trône de Pierre, c’est un pape combattant pour la liberté des pays soumis au joug communiste que l’on a découvert. Un pape qui a redonné un certain prestige à l’Eglise, 10 ans après mai 68, un athlète de Dieu, fort, puissant, volontaire…

Avec Benoît XVI en revanche, c’est un pape déjà vieux, allemand (donc issu d’un pays redevenu puissant, mais avec, il faut bien le reconnaître, le poids de culpabilité lié au peuple allemand suite à la seconde guerre mondiale), qui a été confronté ces dernières années à plusieurs scandales, notamment celui des abus sexuels perpétrés par des clercs, qui ont affaiblis l’Eglise. C’est donc une autre figure de cette Eglise qui se fait jour, une Eglise faible, qui reconnaît ses limites, et qui aujourd’hui ne revendique plus une puissance terrestre. Et c’est d’ailleurs ce que le pape a dit au Royaume-Uni, où il est resté 4 jours en fin de semaine dernière.

La première journée en Ecosse, à Edimbourg, Benoît XVI a été reçu par la Reine et il a rencontré les fidèles pour la messe à Glasgow. Le lendemain, vendredi, était une journée fort chargée, avec de nombreuses rencontres à Londres : des professeurs et des élèves d’une école catholique, les responsables des autres religions, un temps passé avec Mgr Rowan Williams, l’archevêque de Canterbury et autorité spirituelle des anglicans, le monde politique, économique et diplomatique au parlement anglais et une prière œcuménique. Samedi Benoît XVI a célébré la messe à Londres, où il est revenu sur la délicate question des abus sexuels, et il a surtout présidé une veillée de prière à Hyde Park, un lieu bien connu pour les concerts qui y sont donnés. Dimanche matin, il a présidé la messe de béatification du cardinal John-Henry Newman, avant de rencontrer les évêques anglais et de revenir à Rome.

Il me semble que l’on peut retrouver dans les discours du pape au parlement anglais et dans celui aux évêques, quelques accents sur cette vision de l’Eglise qui se fait pauvre, qui se reconnaît petite, pour mieux servir…

Cette pauvreté « matérielle », terrestre si j’ose dire, cette liberté qui est acquise aujourd’hui face à un rang à tenir auparavant, c’est une possibilité de plus pour l’Eglise de faire voir non une image de puissance, mais de faire entendre la voix de l’Evangile. Regardez les personnalités catholiques qui ont marqué ces dernières années : Mère Teresa, l’abbé Pierre, Sr Emmanuelle, et d’une certaine manière, Jean Paul II, malade et faible… Le pape disait aux parlementaires britannique : « le rôle de la religion dans le débat politique n’est pas tant celui (…) de proposer des solutions politiques concrètes, ce qui de toute façon serait hors de la compétence de la religion – mais plutôt d’aider à purifier la raison et de donner un éclairage pour la mise en œuvre de celle-ci dans la découverte de principes moraux objectifs ». En d’autres termes : la religion aide à discerner les principes de gouvernement, elle ne décide rien de concret, mais propose des critères de réflexion en se fondant sur la raison et sur la foi…

En béatifiant John-Henry Newman, le pape rappelait également l’engagement des laïcs dans la société, des lacis qui soient formés correctement, qui sachent témoigner de leur foi et donc rendent visible la parole de l’Eglise. Voilà une posture nouvelle, qui est aussi une authentique manière de vivre la laïcité.

Et puis, Benoît XVI a exhorté les évêques du Royaume-Uni à évangéliser sérieusement pour répondre à la « soif profonde de la bonne nouvelle ». Une évangélisation qui soit juste, « sans rien omettre » du message de la foi et qui repose sur la sainteté des chrétiens. Là encore, comme avec la parlementaires, le pape a insisté sur « la voix prophétique des chrétiens » qui «  joue un rôle important pour mettre en lumière les besoins des pauvres et des personnes en situation précaire qui peuvent si facilement être oubliés quand il s’agit d’accorder des allocations et que les ressources sont limitées ». On le voit donc clairement, c’est en se plaçant du côté des pauvres, des petits, des faibles, que l’Eglise est appelée aujourd’hui à faire évoluer la société tout entière.

Saint Paul, qui affirmait : « ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort » serait certainement totalement d’accord avec cette nouvelle orientation donnée à l’Eglise.

Décryptage de l’actu du Saint-Siège – 1

14 septembre 2010 Laisser un commentaire

Quand on parle de Rome, on parle souvent du pape, des différents dicastères de la curie, c’est-à-dire des ministères du Saint-Siège qui aident le pape dans son activité quotidienne. Pourtant, l’Eglise n’est pas qu’à Rome, mais bien dans le monde entier. Les évêques, qui de par leur ordination sont les successeurs des apôtres, entretiennent des rapports constants avec le Saint-Siège et les organes de la curie.

Le Card. Ouellet, nouveau préfet de la Congrégation pour les évêques - Photo : http://www.cyberpresse.ca

C’est ainsi que tous les 5, 6 ou 7 ans, plus ou moins, ils viennent à Rome pour la visite ad limina. Des visites qui ont pris du retard ces dernières années, suite à la maladie qui a empêchée Jean Paul II de tenir son planning. Outre le pape, les  évêques passent dans les différents dicastères ou conseils pontificaux, pour faire le point sur leur diocèse, sur les besoins qu’ils ont ou sur les initiatives qu’ils ont prises. Par exemple, à la congrégation pour l’éducation catholique, on parle des séminaires, des vocations, des collèges privés,… Au Conseil Pontifical pour les migrants, on imagine les problèmes que pourraient rapporter les évêques français en ce moment…

Benoît XVI s’est donc attelé à la tâche, et il commence à rattraper le retard dans ces visites. La semaine dernière, il a ainsi rencontré les évêques de la région nord est III du Brésil. C’est à Castel Gandolfo que le pape les a reçu, dans sa résidence d’été, car il n’est pas encore revenu au Vatican. A son retour d’Angleterre, du 20 au 27 septembre, ce seront les évêques brésiliens de la zone  Est I qui seront à Rome pour leur visite ad limina.

Il leur a adressé un discours assez sévère, où il insistait notamment sur la nécessité de l’évangélisation et sur le dialogue avec les autres chrétiens. Au Brésil en effet, de nombreux catholiques quittent l’Eglise pour se tourner vers les communautés évangéliques (qu’ils finissent aussi par quitter au bout de quelques années, se retrouvant sans aucune attache religieuse à la fin). Le Saint Père a donc rappelé à ces évêques brésiliens l’importance d’une évangélisation en profondeur, ce qu’il appelle la Nouvelle Évangélisation en Occident. A ce propos, certains points qu’il a développé dans le discours adressé à l’épiscopat brésilien présent à Rome et les thématiques que l’on attend pour le voyage en Grande Bretagne qui débute ce jeudi, risquent de se retrouver dans la lettre de constitution du nouveau dicastères qui vient d’être crée à Rome, pour promouvoir la nouvelle évangélisation.

Bien évidemment, ce n’est pas le seul moment où les évêques voient le pape. Ils peuvent lui demander une audience particulière. Certains évêques des grandes villes, et à plus fortes raison des cardinaux, comme celui de Paris, Mgr Vingt-Trois, rencontrent le pape plus régulièrement. Il y a également les synodes, comme celui qui va débuter d’ici moins d’un mois à Rome, qui permettent aux évêques de s’adresser au Saint-Père.

Et puis, pour les évêques nouvellement nommés, il y a tous les ans un séminaire de formation, pour rencontrer les responsables de la curie et découvrir l’ensemble de leurs fonctions. Cela leur permet aussi de faire un pèlerinage à Rome sur la tombe des apôtres Pierre et Paul, et de prier ensemble tout en apprenant à se connaître. Ce séminaire a lieu actuellement à Rome, et le pape s’est adressé à ces évêques ce matin. Une rencontre de ce genre a également lieu pour tous les 102 évêques nommés depuis moins de 2 ans dans ce qu’on appelle les pays de missions. Ces derniers dépendent plus directement de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples (la Propaganda Fidei).

Benoît XVI a donc rappelé hiern aux évêques présents qu’ils sont invités à vivre leur ministère à l’exemple du Christ, Bon pasteur. L’évêque est, par l’autorité du Christ, le gardien des mystères de la foi. Le pape précise cependant que garder « ne signifie pas seulement conserver » ce qui est défini par les dogmes, mais inclus un aspect dynamique, qui vise aussi au perfectionnement face « aux exigences nouvelles » du monde et de la communauté chrétienne.

Il avait invité samedi les évêques des pays de mission à concevoir leur mission comme un « service d’amour » pour son Église et pour le peuple qui lui a été confié. Pour cela, Benoît XVI a rappelé l’importance de la prière. Voilà quelques uns des aspects forts de ces rencontres du pape avec les évêques.

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