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Des exemples. Voilà plus que jamais ce que nous devons être. Des exemples !

20 octobre 2013 1 commentaire

La statue du Pasquino, à Rome

« Puisque nous n’avons pas su les conduire à la victoire, sachons au moins les aider dans la défaite. (…) – Oui ça … faut reconnaître que côté victoire on n’a pas été … – Non. Des exemples. Voilà plus que jamais ce que nous devons être. Des exemples. » Les afficionados auront reconnu une phrase culte du film “On a retrouvé la 7ème compagnie”. Certes, vous vous dites que ce n’est pas très sérieux de citer ce genre de film. Pourtant, si vous le regardez, vous verrez que ce dialogue prend place alors que les “héros” sont déguisés en gradés et reçoivent des pommes de terre à manger. De l’autre côté de la grille, des hommes du rang leur demandent alors de partager leurs patates, et face à leur refus, un jeune lieutenant se dévoue et leur fait cette leçon !

Si je pense à cette réplique et à cet épisode, c’est face à la navrante semaine que nous avons vécue au niveau de la politique française. Commençons par le début : la victoire de Laurent Lopez, le candidat du Front National, à Brignoles. Dès les journaux télés de dimanche soir, la valse des raisons de cette élection a commencé. Pour les militants de gauche, c’est la faute à la droitisation de l’UMP, tandis que pour les militants de droite, c’est bien à cause de la manière de gouverner de la gauche que le FN a gagné. Excusez-moi, mais j’ai un peu l’impression d’être dans une cour de récré : « c’est pas ma faute madame, c’est lui qui a commençé » ! Oui, ce n’est jamais la faute d’un parti si il perd une élection, mais toujours celle des autres. Côté remise en question, côté réalisme, on a vu mieux. En voyant cette incapacité à tirer le bilan d’un échec, à toujours remettre la faute sur un autre, on comprend que les personnes politiques finissent par se décrédibiliser, autant si ce n’est plus que par leurs actes.

S’il n’y avait que ça… Mais la semaine a tout aussi mal continué. Point de caquètement dans l’hémicycle cette semaine, c’est déjà ça, mais la mini-saga Morano. Nadine Morano qui déclare vouloir porter plainte car un humoriste, Guy Bedos, l’a insultée lors d’un spectacle. J’avoue ne pas goûter du tout l’humour (enfin, les textes et saillies) dudit “humoriste”. Et avoir même une aversion assez profonde pour ses expressions idiomatiques dont Nadine Morano a fait les frais. Mais de là à vouloir porter plainte contre lui pour un spectacle dont elle n’était certainement pas la seule victime… Les pamphlets et autres contestations politiques par les humoristes font, depuis longtemps, partie du paysage social. Je me souviens des billets affichés sur la statue du Pasquino à Rome. Le nier nous ferait entrer dans une démocratie qui perdrait un peu de sa liberté. Mais bon, que voulez-vous, il faut exister et faire parler de soi…

Mais le pompon, cette semaine, a été décroché haut la main par la controverse sur l’expulsion de la jeune Léonarda. Je vous avoue ne pas avoir suivi toute l’histoire, tant cela m’a exaspéré. Quand on commence à gouverner sur des cas particuliers, on perd le sens général et on joue sur l’émotion, plus que sur la loi, sur l’intérêt de la société. Je ne dis pas qu’il était juste de renvoyer cette jeune fille et sa famille hors de France, mais se focaliser sur la manière de procéder, aussi brutale soit-elle (et elle n’a pas dû l’être tant que ça à voir les conclusions de l’enquête), c’est dévier du sujet général de l’immigration et de l’accueil que l’on fait à ceux qui veulent venir en France. C’est prendre le problème par le petit bout de la lorgnette, et ce n’est pas digne du monde politique. La gauche de la gauche demande dès lors la démission du ministre. Ici, même si l’indignation peut-être légitime, on est en pleine émotion, car la loi a été respectée. Que des élus demandent le non-respect de la loi, c’est juste… fou ! Qu’ils se mobilisent pour changer cette loi serait bien plus productif ! Quant à la solution prônée par le président de la république de laisser la jeune fille revenir en France, sans ses parents, n’en parlons pas… Mais comme l’a démontré Michel Richard dans son ouvrage “La République compassionnelle” il y a quelques années, après cet écoulement de bons sentiments, rien ne change en général. Et j’en prends pour preuve un autre aspect lié à cette question des migrants, celle de Lampedusa. Qui, en France, se penche sur la question (parmi le monde politique j’entends) ? Il n’y a pas de visage connu, exploité par les médias, et donc, cela n’intéresse personne.

En fait, si l’on regarde un peu le monde politique, on a l’impression que les élus nationaux vivent dans une bulle. Qu’ils se coupent des réalités et cherchent à faire des « coups » médiatiques. Qu’ils existent uniquement pour et par les médias… Sauf qu’à jouer sur ce registre, on en arrive bien vite à se décrédibiliser. C’est là où l’exemple, tel qu’il est vécu par le pape François (au hasard), est précieux… Parce qu’à force de courir derrière les bons sentiments en faisant semblant de se rapprocher des gens, à en rester dans la « com », nos élites politiques sont en train de faire le lit des vrais populistes. Alors mesdames et messieurs, un peu d’orgueil (bien placé), un gros soupçon de vérité, et en route, soyez pour nous des « exemples ».

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L’abbé Pierre, cet inconnu

3 août 2012 2 commentaires

Il a caracolé en tête des personnages les plus aimés des Français pendant longtemps ! Et à juste titre ! Quand on voit ce qu’il a fait, ce qu’il a réalisé avec les plus petits, les plus pauvres, ce n’est que mérité.

Sinon, de lui, comme ça, à brûle pourpoint, je peux vous dire qu’il s’appelait Henri Grouès, qu’après avoir été résistant il est devenu député de Meurthe et Moselle après la guerre, et qu’en 1954, en plein cœur de l’hiver, il a lancé un appel à la radio. Il a fondé Emmaüs, et j’ai trop aimé le film Hiver 54 avec Lambert Wilson. Sinon, je sais aussi qu’il ne parlait pas beaucoup sur la fin de sa vie (on ne l’entendait pas souvent faire de grandes déclarations), et qu’il a écrit quelques livres. J’en ai même lu un, co-écrit avec Bernard Kouchner. Je me souviens aussi qu’on a appris, peu avant sa mort, qu’il avait eu des relations sexuelles avec une femme (j’étais au séminaire, ça nous a fait parler). Franchement, avec ça, je vous avoue que j’ai fait, en gros, le tour de ce que je sais de l’abbé Pierre. Pas de quoi fouetter un chat me direz vous. J’en sais plus sur certains hommes politiques, dont je peux citer quelques paroles au moins ! Et je ne pense pas être le seul dans cette situation. Pourtant, pour moi comme pour de nombreux français, cet homme était en tête de mes personnalités préférées…

Alors je pose la question : d’où lui vient donc sa popularité, lui qu’on connait si peu ? D’autant plus que nous sommes en France, pays laïc, où l’on aime bien taper sur l’Eglise et ses représentants ? Il me semble que ce qu’on aime bien chez l’abbé Pierre, c’est le fait qu’il n’ait, justement, pas trop parlé ! Et à son propos me revient en mémoire une citation que j’affectionne tout particulièrement : « Des exemples. Voilà plus que jamais ce que nous devons être. Des exemples. »[1]. De ce côté-là, il a été exemplaire. Il a montré, à travers toute sa vie, comment l’amour de Dieu pour les plus faibles pouvait s’incarner. Il a su se faire le prochain de nombreux petits, tombés à terre, qui avaient tout perdu. Il a réussi à faire prendre conscience de leur dignité, à leur redonner une place dans une société qui ne s’intéressait pas à eux. Quand aujourd’hui on parle de l’individualisme qui serait la norme, il me suffit de penser à l’appel désespéré que l’abbé Pierre a lancé en hiver 54pour me rendre compte qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil…

Oui, l’abbé Pierre était un exemple par sa vie et son engagement, et c’est certainement cela qui a marqué les français et lui a valu une telle popularité. Pour une fois, un homme de religion ne parlait pas, mais agissait[2], ne donnait pas de grandes leçons ou de bons conseils, mais se mouillait et s’engageait lui-même, directement. Son silence relatif possédait le mérite de ne pas dire tant de ces paroles que l’Eglise ose, et qui sont ressenties comme des condamnations. En même temps, j’ose imaginer qu’il a du vivre cette reconnaissance comme une écharde dans la chair. A la place des petits et des exclus, voilà que c’est lui qui était reconnu. La rançon du succès ! Mais quel poids en même temps. Et du coup, ses erreurs ne font, pour ses contemporains, que le rendre plus humain, plus proche, et on lui pardonne bien volontiers.

Finalement, pour moi, s’il n’y a qu’une chose à retenir de la vie et de l’œuvre de l’abbé Pierre, c’est certainement celle là : cette dimension d’engagement radical au service des plus pauvres, de service actif, qui devient exemplaire car purement gratuite, sans rien réclamer pour lui. Les esprits chagrins diront, à juste titre, que si l’on ne joint pas à cet aspect caritatif la dynamique d’annonce de la Vérité, il manquera quelque chose dans l’ordre du ministère sacerdotal et de toute vie chrétienne. Certes ! Mais en même temps, vivre déjà au moins l’une de ces dimensions à fond, c’est si beau ! Alors oui, merci à toi Henri pour cet exemple que tu nous a offert !

PS : Vous pouvez aussi retrouver cet article et de nombreux autres sur l’abbé Pierre sur le blog du Jour du Seigneur.


[1] Citation extraite de « On a retrouvé la 7ème compagnie »

[2] ok, j’exagère, il y a beaucoup de prêtres et de religieux qui agissent également, mais l’Abbé Pierre était certainement le plus connu d’entre eux.