L’évangile du jour

L’évangile du Fils prodigue est connu. Sous ce nom du moins. Il faudrait plutôt parler du Père prodigue. Et doublement prodigue. Car si la « balade » du fils puiné se solde finalement par l’accueil inconditionnel de son père, la rebutade du fils ainé est plus difficile à comprendre. Comme si, au final, il reprochait à son père d’être resté père après le partage de l’héritage.

Il faut quand même rappeler que selon les règles de l’époque, son héritage était le double de celui de son frère. Certes, il a travaillé, certes, il en a bavé aux champs… Mais est-ce que cela empêche un minimum de partage, d’accueil, de compréhension de l’attitude de son père ? Ce dernier, après le départ de son dernier fils, aurait-il dû arrêter d’être père ?

Mais voilà, père un jour, père toujours. Et l’accueil qu’il fait à son petit dernier qui revient le montre clairement, il ne peut se départir de son rôle. D’autant plus qu’il n’absout pas ce dernier : nulle part il n’est dit qu’il va lui redonner part à l’héritage. Il le rétablit simplement dans son rôle de fils. Il refuse de le laisser loin de lui. Rien n’est dit de la suite. Du travail qu’il va lui confier. De ce qu’il va lui laisser comme héritage ! La justice ne serait pas honorée si le père agissait autrement. Mais l’argent n’est pas tout. Il y a les liens du sang, la filiation et la fraternité. Voilà ce que l’ainé a du mal à comprendre. Et c’est à son tour de faire du chemin. Certes, il n’est pas parti, n’a pas visité le monde, ne s’est pas amusé, mais il n’a pas non plus grandi, il n’a pas pris son rôle de fils ainé, de nouveau patron de la famille au sérieux. Il est resté l’enfant, celui qui boude, celui qui fait tout porter à son père, tout en lui refusant ce statut.

Eh oui, le père reste père, mais les fils, tant celui qui part que celui qui restent, ont toujours à grandir pour s’approcher de son modèle…

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