Rien qu’avec le titre, j’imagine déjà les foudres que je vais m’attirer. Pourtant, depuis quelques jours, je n’arrête pas de regarder ce qui sort dans la presse, et de m’interroger : qu’est ce que l’Eglise est donc en train de perdre avec ce scandale ?

  • Une part de confidentialité ? C’est évident ! Mais bon, savoir le numéro du compte en banque du pape à l’IOR, à quoi est-ce que cela va donc bien servir ?
  • La confiance des ambassadeurs de différents pays auprès du Saint Siège ? Oui, quoique, je ne suis pas sûr que les ambassadeurs aient eu une confiance aveugle envers le Saint-Siège.
  • Dire que c’est traumatisant pour le pape, c’est évident ! Mais Benoît XVI en a vu d’autres. Même si ce n’est pas évident d’être trahi à 85 ans, le pape n’est pas un ingénu qui découvre la complexité des sentiments et des actes humains…
  • L’Eglise offre un visage peu évangélique ? Oui, de ce côté, c’est clair que l’image renvoyée n’est pas des meilleures. En même temps, soyons honnêtes, ce n’est pas la première fois qu’on passe pour des guignols.

La liste pourrait encore être complétée de bien des manières, et de façon bien plus précises. En rappelant qu’en ces temps troublés, voir l’Eglise brocardée par les médias n’est pas fait pour aider à asseoir ses valeurs fondamentales…

Avant d’aller plus loin, il faut que je dise que je condamne le vol de ces documents et leur publication. Pareille chose n’aurait jamais du arriver, et effectivement, il y a des conséquence néfastes pour le pape, pour son autorité spirituelle et pour l’Eglise tout entière ! Jamais, à la place de la ou des taupes, je n’aurai agi ainsi, et je ne cautionne en aucune manière ce qui vient de se produire.

Maintenant, ce qui est fait est fait… On peut le déplorer, condamner ces évènements, trouver avec raison que la limite a été franchie, mais c’est trop tard, les faits sont là. Regardons plutôt ce qui peut sortir de bon de tout cela ! Parce que s’il est une leçon que nous devons retenir de l’historie de Jésus, c’est bien que même au plus sombre des moment, il y a un avenir. Et c’est même souvent dans ces moments sombres que Dieu vient révéler sa grandeur. Alors pourquoi n’en serait-il pas de même à cet instant ?

Reprenons les faits récents. Depuis 5/6 ans, les scandales se multiplient dans l’Eglise. Rien n’est plus malheureux que cela. Sans rentrer dans les cas particuliers (qui sont tous tragiques), j’en rappelle quelques uns :

  • Tous les scandales sexuels, principalement en Occident. Si l’on regarde au niveau d’un pays, comme l’Irlande par exemple, une purification a été faite. L’Eglise a reconnu ses erreurs, une nouvelle manière de se positionner, plus humble, se met en place. Vous allez me dire que c’est un peu la méthode Coué, mais l’adaptation au monde voulu par le concile Vatican II passe peut-être par ce nouveau positionnement. Aux Etats-Unis, touchés par ce même fléau il y a plus de 10 ans, les vocations sont de plus en plus nombreuses… qui l’eut ne serait-ce qu’imaginé au début de toutes ces sordides révélations ? En tout cas, celui qui a permis l’accélération de la prise en compte de ces problèmes, et qui a mis en place des solutions pour y remédier, c’est bien Benoît XVI !
  • La réintégration des évêques intégristes : les médias se sont déchaînés contre « l’Eglise/le pape qui levait l’excommunication de Mgr Williamson, un évêque intégriste négationiste, tout en condamnant quelques mois plus tard une petite fillette brésilienne qu’on avait fait avorter »… Enfin, c’est ce qu’on a dit, car pour ceux qui ont bien voulu s’y intéresser un peu, les mots et les expressions ont un sens, et ce n’est pas du tout ce qui s’est passé en réalité… Ceux qui ont été choqués par ces évènements l’étaient déjà avant, et avaient un regard bien arrêté sur les positions de l’Eglise. Sauf qu’ils ne le disaient peut-être pas aussi clairement. Et ceux qui ont voulu comprendre ce qui se passait ont pu le faire, Internet jouant un rôle non négligeable dans cette « ré-information ». En outre, avec un peu de recul, on constate que c’est de cette époque que date l’engagement de certains chrétiens à défendre l’Eglise et à approfondir sa doctrine sociale ou les fondements de leur foi. La polémique sur les propos du pape concernant le préservatif, lors de son voyage en Afrique, a joué le même rôle… Là encore, la figure du pape, qui a laissé du temps au temps, sans chercher à s’expliquer publiquement, ou à revenir sur la polémique pour s’expliquer, a eu un effet positif. Et les manifestations pour le défendre ont, pour certains, scellé un tournant positif dans la manière de concevoir son rôle au service de l’unité.
  • Les scandales financiers de l’IOR : En septembre 2010, 23 milions d’euros étaient séquestrés par la justice italienne, l’IOR, la banque du Vatican, étant accusée de faire du blanchiment d’argent. J’ai expliqué dans un précédent article les raisons de cette procédure, et le pape lui-même a décidé d’y mettre bon ordre, en nommant un fidèle, Ettore Gotti Tedeschi. Ce dernier vient de se faire signifier sa mise à la porte, et l’IOR n’est toujours pas dans la White List, ce qui revient à dire que sa situation n’est pas encore très claire. Pourtant, des lois ont été promulguées, et le processus d’inscription sur la liste des banques transparentes est en cours. Sauf que cela prend du temps… trop de temps.
  • Je ne m’arrête pas sur les problèmes de la Légion du Christ, tant ils sont complexes. Mais s’il est une personne qui, là encore a voulu la transparence, c’est, toujours et encore Benoît XVI.

Et là encore, la liste pourrait être allongée. Tout cela pour dire que l’actuel scandale peut, lui aussi avoir des effets positifs. Depuis le temps qu’on parle de transparence et de vérité (« Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres », Jn 8, 32), voilà que l’institution ecclésiale se trouve dans la tourmente pour ne pas se l’être appliquée au coeur, c’est à dire à Rome. Oui, on va m’objecter la raison d’Etat, la défense des plus faibles, le secret pontifical, la dimension privée de la chose,… Tout un tas d’argument avancé par des Eglises locales lors de scandales précédents et qui, finalement n’ont pas prévalu, y compris au Saint-Siège. L’affaire Vatileaks est donc peut-être l’occasion de mettre en oeuvre plus rapidement cette transparence au niveau du Vatican (et à l’IOR en premier lieu). La véritable réforme de la curie, c’est peut-être que chaque dicastère quitte sa chapelle, et commence à travailler parallèlement avec les autres dicastères, et que la Secrétairie d’Etat mette plus d’entrain à coordonner cette action plutôt que de vouloir tout centraliser. La subsidiarité ne serait alors plus une idée énoncée, mais aussi appliquée, et par conséquent un exemple donné au monde.

Quand aux conflits humains qui sont mis en avant par les lettres publiées (je n’ai pas encore eu accès au livre Sua Santità), voilà enfin une raison de les faire taire. Certes, on peut continuer à se déchirer, pour savoir à qui le crime profite, qui manigance pour se placer lors du prochain conclave. Outre qu’il me semble qu’il y ait là une part de fantasme de la part des observateurs, on ne dépasse pas en terme de scandale ce qui s’est déjà produit au moyen-âge ou à la renaissance dans l’Eglise. Comme le dirait l’Ecclésiaste, « il n’y a rien de nouveau sous le soleil » (Qo 1 ,9). Au contraire, on peut espérer que ces divulgations de documents freineront les manigances ou dénonciations des uns ou des autres au sein de l’Eglise… Voilà qui ne serait déjà pas si mal.

Alors oui, vous me trouverez peut-être optimiste, peut-être un peu fou, certainement inconscient du danger qui guette l’institution, mais n’empêche, je continue à me demander si aujourd’hui, l’affaire #Vatileaks n’est pas d’une certaine manière une chance pour l’Eglise de se réformer au coeur. Pas simplement, comme je le disais au début du billet, de perdre quelque chose, mais aussi, pourquoi pas, de gagner quelque chose… Et le fait que le pape Benoît XVI soit aux commandes me rassure fortement. Sans préjuger de la raison des taupes et des sources, c’est peut-être là un de leur motif… Et déjà, il me semble atteint !

PS : je ne saurai trop vous conseiller, en complément de ce billet, celui de l’abbé Grosjean, sur le blog des Padre !

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