Illustration : Carmélites de Frileuse,
tirée du site http://www.pelerin.info

Le téléphone sonne. C’est une carmélite qui me demande si je suis libre pour venir célébrer la messe lundi matin. Pas de problème, je peux. Le rendez-vous est pris. Une jeune femme, que je prépare au mariage, est présente avec son fiancé. Elle paraît surprise. « Mais alors, les sœurs sont dépendantes des prêtres pour les messes ? Ce n’est pas pratique de toujours vous déranger, ça doit être pénible ». Oui, c’est vrai. Elles dépendent des prêtres qui viennent dire les messes dans leur communautés, surtout quand elles sont contemplatives, comme les carmélites ou visitandines, et qu’elles ne sortent pas. Mais c’est pareil pour les religieuses âgées, comme les sœurs de Peltre par exemple. Oui, il faut qu’elles gèrent bien leur planning, pour qu’il y ait toujours quelqu’un, pour que, quand l’un ou l’autre des habitués ne vient pas, elles trouvent un remplaçant… En même temps, quelle belle expérience pour elles que de voir qu’on ne fait pas église entre soi, dans une petite communauté, mais qu’il faut toujours l’ouvrir, que c’est ensemble, à plusieurs, que l’Eglise se construit et se vit. C’est ça, la diversité des vocations et des ministères.

Pour le prêtre, c’est vrai que c’est parfois un peu contraignant. Mais bon, soyons honnêtes, on aime bien être désirés… Et puis, quelle joie d’offrir de son temps et de célébrer l’eucharistie pour des religieuses qui prient si souvent pour nous. Mais surtout, quelle chance. Quand on arrive dans une communauté religieuse, tout est prêt ! Aube et chasubles sont disposées à la sacristie, les chants, les lectures, les fleurs, les lumières, la sono, tout est en place, allumé, préparé, réparti. Il n’y a rien d’autre à faire que de prier… Et ça, c’est quand même génial. Il n’y a pas les petits stress qu’on peut avoir en paroisse parfois, les oublis, les changements de dernière minute… Envolés ! Celui qui arrive pour célébrer dans ces communautés se laisse porter, en prenant le temps aussi. Les sœurs ont cette chance de ne pas avoir de gigot au four, ou un journal local à regarder à 18h55 ! Oui, le prêtre qui arrive pour célébrer chez les religieuses donne de son temps, mais il reçoit tellement plus.

C’est pareil quand on prépare un baptême, un mariage, voire des funérailles. On doit tout présenter et expliquer, et c’est l’occasion de parler de notre foi, de témoigner de ce Dieu qui nous fait vivre, qui est au cœur de nos vies. Idem quand on rencontre des jeunes qui préparent la communion, ou des JMJ’istes, ou des jeunes pros… Il faut préparer consciencieusement la réunion, mais quand on vit le moment présent, quand on se laisse atteindre par les questions et les attentes, que c’est beau. Certes, c’est parfois difficile. Entre l’émotion, la demande rituelle, l’obligation faite par les parents à leurs enfants d’assister à telle ou telle rencontre, et avec le poids des sollicitations, il y a des moments plus durs, de solitude, d’apparente inefficacité. Mais n’empêche, il y a toujours un instant où, alors qu’on a l’impression de donner, de se donner, on reçoit ! Un sourire, une question qui fait mouche, un regard, un temps de célébration partagé, l’accueil d’une famille ou d’une communauté. Et là, c’est un petit moment de paradis et de béatitude céleste et divine que l’on vit…

Oui, être prêtre, c’est être prêt à tout donner, mais c’est aussi et surtout, accepter de tellement recevoir…

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