Depuis quelques semaines, la blogosphère catho est en émoi que dis-je, en ébullition ! Enfin, pas tant que ça non plus. Mais le billet de Jean-Marie Guénois, publié en fin de semaine dernière, me donne l’occasion de revenir sur la controverse : « Faut-il encadrer les blogueurs cathos ? » s’interroge le journaliste en titre de ce billet. Il y traite de trois points précis : le voyage du pape au Bénin et la très longue exhortation post-synodale qu’il y a apportée, une rencontre sur la communication au Vatican, et l’intervention du père Gagey lors de l’Assemblée plénière des évêques à Lourdes.

Si je suis bien d’accord avec la première des conclusions qu’il tire de ces trois points, à savoir qu’il faudrait synthétiser sérieusement les documents du Saint-Siège, la seconde me paraît un peu exagérée ! Dire que « c’était la première fois, à ma connaissance, que l’on a ainsi officiellement consulté des professionnels non Italiens pour tenter de comprendre une situation » est un peu présomptueux. Certes, le « à ma connaissance » relativise son assertion, mais un petit travail journalistique lui aurait permis de savoir que ce n’est pas une première ! J’ai en effet assisté à pas mal de rencontres où des professionnels étaient présent et donnaient à des membres éminents de la Curie leur avis sur la communication du Vatican. Le père Lombardi, à Radio Vatican comme ailleurs dans ses fonctions, est lui aussi entouré de professionnels et de journalistes. Les vaticanistes anglais, français, américains, allemands, et autres sont tout autant professionnels que Jean-Marie Guénois et ils osent dire ce qui ne va pas. Au #VBM11, la rencontre des blogueurs du 2 mai, il y avait d’ailleurs de nombreux journalistes présents… Que ce soit la première fois que Jean-Marie Guénois soit partie prenante d’une telle initiative ne signifie pas que rien n’existait avant !

Quant à la troisième assertion, sur la formation des blogueurs, il me semble que Jean-Marie Guénois est passé complètement à côté de ce que le père Gagey voulait dire. Marc Favreau a donné un bon historique des différents tweets sur cette discussion (c’est dans la seconde partie de son billet). Mgr Giraud, qui lui a twitté juste, a bien compris ce que disait le père Gagey en parlant de « soutien » aux blogueurs. D’ailleurs, si l’on y regarde de près, c’est au final cette position que semble soutenir Jean-Marie Guénois quand il écrit : « Cette armée d’électrons (…) lui [à l’Eglise] rend un service qu’elle n’imagine pas sur la toile en assurant une présence « catholique » non officiel [sic] et très tonique. Car le propre des blogs et autres tweets est justement leur « a-institutionnalité ». Ils sont nés libres et doivent le rester ».

Mais il tacle le père Gagey, en mettant dans sa bouche uniquement le terme de « formation » Pourtant, Mgr Giraud m’a confirmé personnellement ce mot de « soutien », et le père Gagey, que j’ai contacté, confirme lui aussi l’utilisation de ce terme. Il l’a même écrit dans les notes dont il s’est servi pour son intervention devant les évêques.

 J’en viens à mon troisième point, qui rejoint d’ailleurs les conclusions du document Église et Internet déjà cité.

Soutenir les blogueurs catholiques.

Apparaissent aujourd’hui des blogueurs chrétiens plus nombreux qu’on imagine qui, plus ou moins adroitement, répandent sur les sites les plus divers une rumeur évangélique qui tisse affirmations, symboles, témoignages et larges débats au sein d’une multitude de  forums. Ce vaste café du commerce peut-il devenir une agora ? Il le faudra bien, mais pour y parvenir des apprentissages sont nécessaires.  Le soutien apporté aux responsables de sites catholiques dans le cadre des weekends des tisserands et sur le site  du même nom ne pourrait-il servir de modèle ? Il importe en effet d’entraîner nos blogueurs non seulement à la maîtrise technique des outils, mais plus encore à vérifier que leurs interventions son bien ajustées à la cause qui les mobilise. L’Évangile en effet ne peut être défendu que de manière évangélique. Pour le dire autrement, on ne défend pas en vérité le corps du Christ si c’est le glaive à la main, comme l’avait cru Pierre au jardin des Oliviers…

Donc premièrement, quand Jean-Marie Guénois écrit sur Twitter « Le P. HJ Gagey n’a jamais dit il faut soutenir les blogueurs catholiques … », il se trompe ! Ensuite, concernant ce terme de « former » que le Père Gagey reconnait avoir utilisé « à la conférence de presse », il est loin de l’idée que s’en fait le journaliste quand il écrit :

Etrange idée toutefois que de vouloir « former » des blogueurs catholiques. Le P. Gagey pense-t-il que ces blogueurs ne pensent pas comme il faut ? Cela serait inquiétant. Ou s’inscrit-il dans un schéma ecclésial totalement dépassé, celui de « l’encadrement » où la structure entend non seulement formater une pensée mais aussi exercer son contrôle ?

La formation, que certains blogueurs aimeraient bien avoir à ce qu’ils m’ont dit, est d’un ordre bien différent, et semble plus coller à l’idée que s’en fait le père Gagey :

Dans la tradition universitaire à laquelle j’appartiens « former » ce n’est pas exercer un contrôle bureaucratique ou embrigader mais c’est permettre à des acteurs d’améliorer leurs compétences techniques mais aussi théologiques et spirituelles par un échange d’expérience et un discernement commun des initiatives prises.

C’est aussi une formation ecclésiale pour mieux comprendre les textes sur lesquels les blogueurs réagissent parfois… En outre, cette vision est plus celle d’un service que d’un contrôle, que le Père Gagey récuse d’ailleurs totalement, et dont je ne vois pas comment Jean-Marie Guénois y arrive à partir de la formation (surtout en connaissant le genre de formation dispensé à la Catho de Paris où l’on incite les gens à réfléchir et pas à recracher des idées et des concepts ; on n’est pas dans le premier cycle d’une université romaine non plus !). D’ailleurs le père Gagey illustre dans le message qu’il m’a envoyé qu’il est loin de cette idée de « caporalisme » :

Cela dit, en donnant l’exemple des « ateliers des tisserands » (rassemblement annuel de webmasters catholiques, volontaires pour vivre ensemble un temps d’approfondissement et de partages de leurs pratiques et de leurs responsabilités) je cherchais précisément à écarter les craintes de caporalisation. Par ailleurs j’ai suffisamment insisté dans ma conférence sur le fait que la communication sur le WEB échappe par nature à tout contrôle vertical pour ne pas pouvoir être soupçonné d’en nourrir secrètement le dessein.

Voilà, je ne veux pas faire de procès à Jean-Marie Guénois, mais il me semble qu’à travers ce billet, s’il a des intuitions justes, sur au moins deux points, il fait montre d’un travail et d’une compréhension trop personnelle de la communication…

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