Vous avez certainement lu le billet d’Ivan Rioufol, concernant les curés « sans saveur ». Outre que le titre ne rend absolument pas compte de la réalité des paroles du cardinal, ni même du contenu de la dépêche de l’AFP, où l’on apprends que pour le Cardinal Ravasi, « la prédication dans les Eglises est devenue « incolore, inodore et sans saveur, au point d’être désormais tout à fait insignifiante » », les propos de l’auteur du blog ne sont pas très amènes pour les prêtres.

Je ne défendrai pas l’honneur des prêtres, je laisse cela à David Lerouge (qui s’est indigné assez rapidement, en insistant sur ce qu’est la prédication et le ministère du prêtre) et à Christophe Delaigue (qui renvoie le problème soulevé par Ivan à l’ensemble des chrétiens, ce en quoi il a lui aussi raison) qui l’ont très bien fait et que je remercie pour leur réaction rapide…

En revanche, je voudrais revenir sur les paroles du Cardinal Ravasi… Le pauvre, on lui a fait le coup du pape et de la capote ! Parlant d’un sujet bien plus vaste, comme le confirme la dépêche de l’AFP précédemment citée, ou le billet d’Antoine Marie Izoard sur Vatican Insider (c’est juste en italien désolé), ou encore son papier dans La Croix, on apprend que le Cardinal Ravasi a eu ces propos lors d’une conférence pour l’ouverture d’un « cycle de conférences sur le thème de la Parole organisé à Rome par le Centre Saint-Louis de France ». Le thème de la leçon inaugurale de ce cours par le cardinal Ravasi était : « Des paroles à la Parole » ! On imagine bien ce que le bibliste de renom qu’il est a pu dire… Et d’une conférence d’au moins une heure, voire 1h30 en général, on n’a retenu qu’une seule parole !

Le cardinal, qui possède son compte twitter et un blog, a également « invité les prédicateurs à prendre en compte les nouveaux langages pour capter l’attention des fidèles mais surtout à ne pas craindre le « scandale » que crée la Parole, celle de la Bible en premier lieu » selon Antoine Marie Izoard dans La Croix. Et d’ailleurs, le même article nous dit, après le passage sur la « prédication, ou au moins la présentation de la parole », qui serait « devenue incolore, inodore et sans saveur, au point d’être désormais tout à fait insignifiante », que

« nous devons donc retrouver à nouveau le scandale que crée la parole », a lancé le cardinal Ravasi. Et de citer en exemple la Bible, dont la lecture peut « inquiéter et parfois déconcerter », ce qui est « indispensable » à ses yeux. « Les grands textes, a-t-il soutenu, ne sont jamais seulement informatifs, mais aussi performatifs ».

L’article de La Croix, comme celui du Vatican Insider, insistent sur l’attention que le cardinal Ravasi pose sur les nouveaux langages et les nouvelles manières de communiquer, qui sont co-naturelles aux hommes de notre temps mais que nous n’utilisons pas assez… Il a également réalisé un parcours à travers les différentes dimensions de la Parole en tant qu’évènement créateur (dans la Genèse), qu’évènement historique (cf. l’Evangile de Jean où il est dit que le Verbe s’est fait chair), qu’évènement graphique, sonore, artistique. Le cardinal, président du Conseil Pontifical pour la culture, a invité les participants à rouvrir l’horizon de l’art sacré… Il y a là une véritable réflexion sur notre rapport à la Parole, à sa transmission, à sa traduction dans le monde d’aujourd’hui. Bon, j’ai résumé très brièvement, et je vous renvoie aux articles précédemment cités pour plus de détails.

Voilà, je voulais juste rétablir un peu la vérité, et éviter de regarder cette conférence par le petit bout de la lorgnette. Elle pose des enjeux bien plus forts que cette parole polémique tirée hors de son contexte.

Et comme il ne faut pas être totalement angélique, j’aimerai quand même faire un reproche au cardinal Ravasi (si si, je me permets, je suis un homme libre et pas un numéro) : Quand il dit que la prédication des prêtres est trop souvent « incolore, inodore et sans saveur » (si ce sont ses paroles exactes), il aurait pu mentionner aussi celles des évêques ou des cardinaux, parce que si nous, les prêtres, nous ne sommes pas toujours de bons prédicateurs, ce que je lui concède volontiers à certains moments, il faut bien avouer que ce ne sont pas forcément nos « supérieurs » qui nous montrent l’exemple ! Une personne (dont je tairai le nom par charité chrétienne) rappellait ainsi cette après midi sur Twitter que la dernière fois qu’elle avait assisté à une conférence du Cardinal Ravasi, elle s’était endormie… « Enlève la poutre qui est dans ton oeil, alors tu pourras enlever la paille qui est dans l’oeil de ton frère ! » (Oui, je termine sur une citation biblique, j’écoute les conseils moi !)

****

Ajout du 18 novembre :

J’ai pu, grâce à Marc, écouter la conférence du Cardinal Ravasi ! Les paroles exactes qu’il prononce sont

La nostra predicazione, o comunque la presentazione della Parola è diventata talmente incolore, inodrore insapore da essere ormai assolutamente irrilevante.

ce qui peut se traduire par

Notre prédication, ou du moins la présentation de la Parole, est devenue tellement incolore, inodore et sans saveur qu’elle est désormais tout à fait insignifiante.

Le Cardinal Ravasi poursuit en citant Voltaire et Montesqieu, qui disaient que « l’éloquence sacrée est comme l’épée de Charlemagne : longue et plate« .

On voit clairement à travers cet exemple que ce ne sont pas les prêtres d’aujourd’hui qu’il stigmatise (il s’inclut d’ailleurs dans le propos avec le « Notre prédication ») mais plutôt un système bien en place, et là, personne ne peut lui donner tort.  La force de la Parole de dieu est vraiment à retrouver et à faire ressortir, tant par notre vie que par nos paroles !

 

 

Publicités