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Wikileaks-Vatican : acte 2 !


image tirée du site http://www.numerama.com

Wikileaks refait parler du Vatican. Après une première salve il y a deux semaines (à lire et ), les câbles (ces messages diplomatiques) piratés et rendus publics par ce site offrent 15 nouveaux documents de la diplomatie américaine sur le Vatican. Et ils sont plus consistants que les précédents, qui concernaient l’élection de Benoît XVI, et avaient fait rire tout le monde à Rome par la légèreté de leur contenu (je rappelle qu’on pouvait lire dans les journaux tout ce qui était contenu dans ces messages). Donc, dans la nuit du vendredi 10 au samedi 11 décembre 2010, le site Wikileaks, relayé par différents journaux, a diffusé de nouveaux câbles diplomatiques concernant le Saint-Siège. Ces télégrammes évoquent principalement les réseaux diplomatiques du Saint-Siège dans le monde ou encore le Secrétaire d’Etat du Saint Siège, le cardinal Tarcisio Bertone.

On y apprend entre autres que le Saint-Siège aurait joué un rôle clé en 2007 dans la libération des marins anglais détenus par les iraniens, et ce grâce aux bonnes relations diplomatiques entre ces états, même si, sur l’insistance des Etats-Unis, le pape n’a pas rencontré personnellement Mahmoud Ahmadinejad lors de sa venue à Rome pour le sommet de la FAO en 2008. Ou encore que le Vatican et le FBI ont collaboré pour mettre en place un plan antiterroriste contre les menaces visant le pape ou les pèlerins. Alors que le Vatican avait refusé cette collaboration plusieurs fois dans le passé, les évènements du 11 septembre ont changé la donne, même si le responsable de la gendarmerie du Vatican a demandé à conserver une « ample marge de manœuvre » dans ce domaine.

Et toujours dans le domaine diplomatique, les câbles américains rappelle que pour le Vatican, la « dictature laïque de Saddam Hussein » serait plus favorable à la liberté religieuse  que « n’importe quelle solution qu’une “guerre injuste” pourrait apporter, y compris celle d’une “dictature islamique” ». Voilà pourquoi le Vatican n’a pas suivi les Etats-Unis quand ils cherchaient son aval sur l’idée d’une guerre juste.

Les Etats-Unis semblent donc convaincus du poids “politique” du pape, selon ces télégrammes, et, ils ont cherché à l’utiliser

En fait, vous connaissez peut-être la question de Staline à qui l’on parlait du Vatican : « Le pape, combien de divisions ? ». Eh bien les Etats Unis n’ont pas fait mieux, en cherchant à utiliser le pape et sa parole ou son soutien en fonction de leurs intérêts, n’en voyant pas la spécificité sur la scène internationale. Dans les messages, on trouve des phrases comme « Le Vatican est l’une des rares entités souveraines à avoir une présence dans presque tous les pays du monde », ou encore on évoque le « poids » de la parole papale « dans les pays traditionnellement catholiques ». Concernant l’Irak, dont je viens de citer la situation, chargé d’affaires américain écrit notamment : « Nous continuons à faire pression pour que le Vatican publie des commentaires constructifs sur l’Irak ».

En outre, le réseau d’information du Saint-Siège est reconnu par les Etats-Unis. Selon un document de Wikileaks, en Chine, le Vatican a « d’excellentes sources d’informations sur les dissidents, les droits de l’homme, la liberté religieuse, le contrôle du gouvernement sur les populations ». Idem en Corée du Nord, où « des organisations caritatives catholiques se rendent régulièrement ».

Mais en même temps, on tombe sur des rapports stupéfiants comme cette phrase : « Parfois, le pape irrite les hommes politique et les journalistes en faisant ce qu’il pense être le mieux pour l’Eglise, comme réintégrer les intégristes ou s’interroger sur la canonisation de Pie XII ». Je vous avoue que finalement, je  préfère vraiment que Benoît XVI agisse comme ça plutôt que de suivre l’opinion versatile de certains hommes politiques ou journalistes…

Un autre câble porte le titre « Le pape vert soutient le projet Etats-Unis à Copenhague ». Il est basé sur des discussions avec deux personnes du Vatican (Paolo Conversi, de la secrétairerie d’Etat et Mgr James Reinert, du Conseil Pontifical pour Justice et Paix, mais il néglige carrément le discours du pape aux ambassadeurs accrédités près le Saint Siège le 11 janvier 2010 durant lequel Benoît XVI a été très critique sur le manque d’engagement en vue du travail à accomplir face aux changements climatiques. C’est donc une lecture très univoque de la situation qui a été présentée par les responsables de l’ambassade américaine !

Outre les relations internationales, il  y a aussi les jugements sur le cardinal Bertone, le n°2 du Saint-Siège et sur la curie romaine

Le cardinal Bertone, dans ces documents, est défini comme un « béni oui-oui », qui est incapable de parler autre chose que l’italien, et n’y connait rien à la diplomatie.  Il a, selon ces documents « un style pastoral qui le pousse souvent hors de Rome, à s’occuper de problèmes spirituels plutôt que de politique extérieur et de gouverner ». Et de continuer en déclarant que de nombreuses voix au Vatican, dont celle de son prédécesseur, le cardinal Sodano, auraient demandé sa démission. Parmi les détracteurs, qui ne sont pas cités mais que tout le monde connaît au Vatican, se trouveraient également Mgr Filoni, le substitut de la Secrétairerie d’Etat (son n°2), le cardinal Angelo Bagnasco, président de la Conférence Episcopale italienne, le cardinal Ruini, ancien vicaire de Rome, et même cardinal Scola de Venise. Beaucoup d’Italien opposés à la manière d’administrer les relations du Saint-Siège avec l’Italie par le Cardinal Bertone, ainsi qu’à la place du Vatican dans la gestion de l’Eglise italienne.

En fait, excepté le fait que le cardinal Tarcisio Bertone parle français, espagnol, allemand et portugais, et qu’il a des difficultés avec l’anglais, le reste des constatations est vraies, et s’est retrouvé plus d’une fois dans les journaux italiens. Le secrétaire d’Etat de Benoît XVI ne vient pas de la diplomatie pontificale, comme ses prédécesseurs, et agit donc de manière totalement différente d’eux. Et i la réagit lui-même à son appellation de « Yes-Man », en se disant « honoré » de suivre ainsi ce que disait le pape. Il me semble qu’il y a là un manque de réalisme, car le Cardinal Bertone a aussi son propre pouvoir (souvent mentionné dans les journaux italiens, principalement au moment des nominations où il place allègrement ses frères salésiens). Les documents de Wikileaks disent également qu’en dehors du cardinal Bertone, « les autres cardinaux n’ont que peu d’influence sur le pape ou manquent de confiance pour lui apporter de mauvaises nouvelles » ou « des visions différentes ».

Toujours sur les points faibles du Vatican, la curie est décrite comme « italo-centrique » (cf. les nominations du cardinal Bertone, qui a placé pas mal d’amis et d’anciens du nord de l’Italie), « obsolète » et elle ne sait pas communiquer. Selon un message, les services du Vatican écrivent « un langage dans un code que personne à par eux n’est capable de déchiffrer ». Les responsables de la curie sont également décrits comme « technophobes », ce qui implique que « le Saint-Siège souffre d’une communication confuse. Seul le père Lombardi possède un Blackberry, et peu d’entre eux ont un mail ». Là encore, au vu de l’âge des responsables, rien de choquant… Le père Lombardi est donc le seul qui échappe au jugement sur les communications ; il est vu comme un homme débordé entre ses différentes missions, même si les diplomates en oublient au moins une (conseil de général des jésuites) dans leurs messages. A noter qu’un câble concerne le cas du Code Da Vinci, le livre de Dan Brown. On y apprend que l’Opus Dei a proposé trois possibilités : ignorer les attaques, choisir la guerre ouverte, ou répondre coup pour coup en niant les accusations et en expliquant les buts de l’association dans le monde. On le sait, c’est cette dernière option qui a été choisie, avec succès comme le notent les diplomates américains.

Dans le style des attaques contre le Saint-Siège, les diplomates américains ont relevé des traces d’antisémitisme au Vatican. Selon l’AFP, un « document cite « un responsable âgé d’origine française » (« older desk officer of French origin ») qui se plaint dans les termes suivants: « La forte attention (du gouvernement américain) pour l’antisémitisme moderne européen dérive de l’influence excessive des Juifs dans nos médias et notre gouvernement » ».

Concernant les abus sexuels dans l’Eglise. Les câbles rapportent la position du cardinal Sodano qui dès 2002 est intervenu auprès de l’ambassadeur des Etats-Unis près le Saint-Siège en rappelant que le Vatican était un Etat indépendant face aux mises en causes des avocats américains. Même ligne de défense quand la justice irlandaise s’est directement adressé au Vatican, sans passer par le truchement des règles diplomatiques. C’est donc plus une demande de défense de la souveraineté du Vatican qu’un refus de répondre aux questions posées qui était ainsi exprimé.

Dernier point : suite à ces fuite, dans les couloirs du Saint-Siège, la peur de la chasse aux informateurs se ferait jour. Certains noms, dont celui de Mgr Paul Thige, secrétaire du Conseil Pontifical pour les Communications Sociales, est déjà sorti, à voir comment l’administration vaticane va réagir…

Face à ces publications, le Vatican a réagi

Le Père Lombardi, le directeur du Bureau de Presse du Saint-Siège, a publié un communiqué où il est écrit, comme il y a deux semaines, que ces documents « ne reflètent que les perceptions et les opinions de ceux qui les ont écrits et ne peuvent en rien être considérés comme l’expression de la position du Vatican ».  Il souligne cependant « l’extrême gravité de la publication d’une grande quantité de documents confidentiels et de ses possibles conséquences ».

Le nouvel ambassadeur américain près le Saint-Siège, Miguel Diaz, « condamne fermement » ces publications et affirme qu’il ne fera aucun commentaire sur leur authenticité, rappelant qu’il travaille avec le Saint-Siège sur de nombreux dossiers, au « service du Bien Commun ». Il se dit persuadé que le travail de la diplomatie américaine sur ces points importants « résistera à ce défi » de la publication de ces notes.

En outre, samedi, le journal du Saint-Siège, l’Osservatore Romano, pour ne pas donner de poids à ces messages, les a complètement ignorés.

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  1. sarazin
    20 décembre 2010 à 10:36

    WikiLeaks et le Vatican ?

    ici un lien étrange …

    http://www.wikileaks-vatican.tk

    … qui a dit qu’il n’y avait pas de supporters Wikileaks au Vatican ?

    Sara Z.

    • 20 décembre 2010 à 20:38

      la fin de l’adresse est en « .tk » (une extension gratuite apparemment), tandis que les sites du Vatican sont en « .va ». Ce n’est donc pas un site qui est hébergé par le Vatican… C’eut été surprenant !

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