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Decryptage de l’Actu du Saint-Siège – 2


Ce matin, un évènement historique s’est déroulé à Rome : Le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, a participé à la commémoration officielle du 140ème anniversaire de la « Brèche de Porta Pia ».

Un point historique pour resituer le contexte de cet évènement : En 1870, alors que l’Italie était en train de se construire à partir des Royaumes de Naples, de Savoie, de Sardaigne, du Piedmont,… sous l’impulsion de Victor-Emmanuel II, les troupes italiennes forcent les murailles de Rome, et font donc tomber les Etats Pontificaux (c’est un résumé rapide, je le concède). Le pape, qui est réfugié au Vatican, voit son dernier lopin de territoire, la ville de Rome en l’occurrence, prise par les troupes italiennes. Pie IX se déclare alors prisonnier au Vatican. Le concile qui est en cours au Vatican (le concile Vatican I) est arrêté, et la situation reste ainsi figée pendant presque 60 ans. Léon XIII, le pape qui a largement mis en lumière la doctrine sociale de l’Eglise, restera dans la même ligne politique. Jusqu’aux accords du Latran, signés en 1929, les papes craindront toujours une ingérence de l’état italien dans les affaires de l’Eglise. Et même plus tard, durant la seconde guerre mondiale, avec les troupes nazies sous ses fenêtres, Pie XII ne sera pas tranquille.

Alors vous imaginez bien que quand le numéro deux du Vatican, celui qui porte encore le titre de secrétaire d’Etat – alors que cet état est réduit aujourd’hui à un territoire de 44 ha – se rend à la commémoration de cet évènement, sa présence est remarquée.

photo : wikimedia

Ce matin donc, le cardinal Tarcisio Bertone, en marge de cette commémoration présidée par le président italien, Giorgion Napolitano, a estimé que la fin des Etats pontificaux, 140 ans plus tôt, avait marqué « la liberté retrouvée du pasteur et de l’Eglise universelle, ainsi que la concorde retrouvée entre la communauté civile et la communauté ecclésiale qui travaillent dans de très nombreux domaines pour le bien du peuple italien ». On voit là un changement de ton depuis les appels et les peurs des papes du XXème siècle.

Alors, certes, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la situation politique a changé, mais il me semble qu’il s’agit aussi d’une nouvelle étape pour l’Eglise. Après la chute des Etats Pontificaux, les papes ont réclamé leurs biens, et également leur pouvoir temporel. Suite aux accords du Latran, la situation s’est calmée, mais sans une réelle sécurité (pour preuve, Pie XII et les craintes que les nazis n’entrent au Vatican). L’histoire s’est prolongée après la seconde guerre mondiale, dans un climat d’oubli, de statu quo… Paul VI a ainsi abandonné le port de la tiare, qui symbolisait son pouvoir temporel et spirituel, mais quand Jean Paul II est arrivé sur le trône de Pierre, c’est un pape combattant pour la liberté des pays soumis au joug communiste que l’on a découvert. Un pape qui a redonné un certain prestige à l’Eglise, 10 ans après mai 68, un athlète de Dieu, fort, puissant, volontaire…

Avec Benoît XVI en revanche, c’est un pape déjà vieux, allemand (donc issu d’un pays redevenu puissant, mais avec, il faut bien le reconnaître, le poids de culpabilité lié au peuple allemand suite à la seconde guerre mondiale), qui a été confronté ces dernières années à plusieurs scandales, notamment celui des abus sexuels perpétrés par des clercs, qui ont affaiblis l’Eglise. C’est donc une autre figure de cette Eglise qui se fait jour, une Eglise faible, qui reconnaît ses limites, et qui aujourd’hui ne revendique plus une puissance terrestre. Et c’est d’ailleurs ce que le pape a dit au Royaume-Uni, où il est resté 4 jours en fin de semaine dernière.

La première journée en Ecosse, à Edimbourg, Benoît XVI a été reçu par la Reine et il a rencontré les fidèles pour la messe à Glasgow. Le lendemain, vendredi, était une journée fort chargée, avec de nombreuses rencontres à Londres : des professeurs et des élèves d’une école catholique, les responsables des autres religions, un temps passé avec Mgr Rowan Williams, l’archevêque de Canterbury et autorité spirituelle des anglicans, le monde politique, économique et diplomatique au parlement anglais et une prière œcuménique. Samedi Benoît XVI a célébré la messe à Londres, où il est revenu sur la délicate question des abus sexuels, et il a surtout présidé une veillée de prière à Hyde Park, un lieu bien connu pour les concerts qui y sont donnés. Dimanche matin, il a présidé la messe de béatification du cardinal John-Henry Newman, avant de rencontrer les évêques anglais et de revenir à Rome.

Il me semble que l’on peut retrouver dans les discours du pape au parlement anglais et dans celui aux évêques, quelques accents sur cette vision de l’Eglise qui se fait pauvre, qui se reconnaît petite, pour mieux servir…

Cette pauvreté « matérielle », terrestre si j’ose dire, cette liberté qui est acquise aujourd’hui face à un rang à tenir auparavant, c’est une possibilité de plus pour l’Eglise de faire voir non une image de puissance, mais de faire entendre la voix de l’Evangile. Regardez les personnalités catholiques qui ont marqué ces dernières années : Mère Teresa, l’abbé Pierre, Sr Emmanuelle, et d’une certaine manière, Jean Paul II, malade et faible… Le pape disait aux parlementaires britannique : « le rôle de la religion dans le débat politique n’est pas tant celui (…) de proposer des solutions politiques concrètes, ce qui de toute façon serait hors de la compétence de la religion – mais plutôt d’aider à purifier la raison et de donner un éclairage pour la mise en œuvre de celle-ci dans la découverte de principes moraux objectifs ». En d’autres termes : la religion aide à discerner les principes de gouvernement, elle ne décide rien de concret, mais propose des critères de réflexion en se fondant sur la raison et sur la foi…

En béatifiant John-Henry Newman, le pape rappelait également l’engagement des laïcs dans la société, des lacis qui soient formés correctement, qui sachent témoigner de leur foi et donc rendent visible la parole de l’Eglise. Voilà une posture nouvelle, qui est aussi une authentique manière de vivre la laïcité.

Et puis, Benoît XVI a exhorté les évêques du Royaume-Uni à évangéliser sérieusement pour répondre à la « soif profonde de la bonne nouvelle ». Une évangélisation qui soit juste, « sans rien omettre » du message de la foi et qui repose sur la sainteté des chrétiens. Là encore, comme avec la parlementaires, le pape a insisté sur « la voix prophétique des chrétiens » qui «  joue un rôle important pour mettre en lumière les besoins des pauvres et des personnes en situation précaire qui peuvent si facilement être oubliés quand il s’agit d’accorder des allocations et que les ressources sont limitées ». On le voit donc clairement, c’est en se plaçant du côté des pauvres, des petits, des faibles, que l’Eglise est appelée aujourd’hui à faire évoluer la société tout entière.

Saint Paul, qui affirmait : « ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort » serait certainement totalement d’accord avec cette nouvelle orientation donnée à l’Eglise.

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  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. 20 septembre 2010 à 16:53
  2. 21 septembre 2010 à 08:46

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