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« Aujourd’hui, la communication est le nouveau nom de la mission » – Témoins numériques !


« Les évêques italien veulent mieux comprendre la nouvelle condition médiatique, cross-médiale, du monde actuel où la connexion est toujours ouverte et continue, pour pouvoir créer une mentalité nouvelle à la lumière de l’Evangile et réaliser sa propre mission de manière actuelle » ! Voilà ce que déclarait Monseigneur Mariano Crociata, le secrétaire général de la Conférence épiscopale italienne en présentant le congrès “Testimoni digitali” (Témoins numériques) le 15 avril dernier.

Les 1352 personnes inscrites (à 11h30 ce matin) et les 330 membres de la presse qui sont accrédités pour cet évènement de l’Eglise italienne sont certainement toutes d’accord avec cette vision de la mission de l’Eglise aujourd’hui. C’est hier, à l’hôtel Summit, dans les faubourgs de Rome, qu’a débuté le congrès. Il se terminera demain, samedi, par une audience avec le pape dans la salle Paul VI, avec plus de 7500 personnes qui sont attendues. A noter également le fait qu’il est possible de suivre le congrès sur internet (www.testimonidigitali.it) et d’interagir par SMS ou sur un forum dédié sur le site…

Hier donc, l’après midi a commencé avec une conférence de Monsieur Mariano Crociata. Elle est trop longue à résumer, mais je vous en donne un extrait qui m’a paru significatif (traduction personnelle) :

Le premier retard [de l’Eglise dans le monde d’internet] est lié à un langage qui souvent demeure autoréférentiel, quasiment un discours de niche, dans un contexte culturel qui en ces temps a profondément changé et qui nous oblige à nous confronter à une génération qui, en termes de formation religieuses, ne possède aujourd’hui plus notre vocabulaire.“Une génération qui ne s’oppose pas à Dieu ou à l’Eglise, mais une génération qui apprend à vivre sans Dieu et sans l’Eglise” (cf. A. Matteo, La prima generazione incredula. Il difficile rapporto tra i giovani e la fede, Rubettino, Soveria Mannelli 2010, p.16).

Les “digital natives” (personnes nées dans le monde numérique), c’est-à-dire la génération qui a grandit connectée aux nouvelles technologies, en a assumé le langage rapide, essentiel et envahissant ; ils nagent dans une communication horizontale, décentrée et interactive ; ils se déplacent dans une géographie qui connait la transversalité des saveurs et expose une pluralité de perspectives. L’environnement numérique – avec son langage ludique, fait de sons, d’images et d’interactivité – est émouvant et fortement affectif.

A ce point, notre engagement de cultiver une nouvelle aphabétisation est porté en avant par la conscience qu’il ne s’agit pas simplement de développer une proximité empathique ave les technologies numériques, mais surtout d’être présents également dans cet environnement avec des modalités qui ne trahissent pas l’identité chrétienne, l’excellence représentée par l’Evangile : “il faut être dans la contemporanéité, mais aussi aller outre, avec un attentif discernement de la part de la communauté ecclésiale” (cf. Conferenza Episcopale Italiana, Comunicazione e missione, n. 3).

On le voit, pour Monseigneur Crociata, plus que les nouvelles technologies, c’est l’homme qui doit être au centre de la recherche de l’Eglise en ce qui concerne internet. L’Eglise cherche à « introduire dans la culture de ce nouvel espace de communication les valeurs sur lesquelles repose notre vie ». Il a également rappelé le défi de d’inclure la question de la communication dans les projets pastoraux qui sont construits. Le rôle des communicateurs doit être reconnu dans l’Eglise (il faut « décongeler vraiment la figure de l’animateur de la culture et de la communication, figure sur la quelle on a encore trop peu investi ou ave trop peu de conviction »). La pastorale ne peut plus être considérée comme une action interne de l’Eglise. Le défi, disait-il pour finir, est « d’élaborer une stratégie de communication missionnaire, qui soit capable d’intégrer tous les environnement pastoraux et d’avoir une incidence sur la culture de la société ».

Quelques mots sur les interventions des professeurs Michele Sorice ou Francesco Casetti qui ont présenté, très rapidement, le paysage médiatique à l’ère du web 2.0. Pour le professeur Casetti, il faut constater aujourd’hui le fait que si de nouvelles plateformes médiatiques émergent, elles coexistent avec les anciennes. La convergence des médias représente une transformation de la logique communicative des médias, où la relation est avant tout vue comme un contact. Auparavant, les gens donnaient leur appréciation sur les évènements, aujourd’hui, on est passé à l’époque où c’est la personne qui devient crédible ou non. De même, on est passé du mode de l’édition à celui du networking, c’est-à-dire à la construction d’un réseau. Pour les chrétiens, il y a là un espace à prendre, car la connexion entre le “croire” et le “se fier” est un terrain sur lequel les chrétiens peuvent toujours plus s’engager dans un monde du web 2.0 ou les témoins sont de plus en plus recherchés.

Le professeur Michele Sorice a poursuivi cette recherche. Là encore,  je ne donne qu’un aperçu très partiel. Pour lui, le Web 2.0 met une emphase sur certains processus : Ce n’est plus seulement le lieu qui intéresse, mais surtout l’activité et les relations. L’incorporéité est une donnée importante de ce mode de participation sur internet. Il a également présenté un autre concept : celui de la « désintermédiatisation ». Les médiations opérées par les grands médias et les agences de presse semblent avoir moins de poids aujourd’hui. Ce phénomène est vrai, mais dans une certaine mesure seulement. En effet, Internet propose une nouvelle intermédiation, et le réseau devient le lieu de la médiatisation de nouveaux contenus.

En conclusion de ces présentations, Paolo Bustaffa (le directeur de l’Agence SIR) disait : « Aujourd’hui, la communication est le nouveau nom de la mission ». Je vous propose d’écouter une interview de ce dernier réalisée ce matin…

[Audio http://www.saintlouis-rome.net/slemessin/bustaffa.mp3%5D

Avant de conclure, un dernier échange a eu lieu. Pour Ruggero Eugeni professeur de médias à l’université catholique de Milan, il y a 3 raisons pour lesquelles l’Eglise n’est pas à l’aise pour travailler dans le monde des médias modernes et d’internet :

– Le monde catho a de la suspicion pour les nouvelles formes de communications, car il n’y a pas de lieu. Certes, c’est le 6ème continent (selon l’expression de Benoît XVI), mais il n’y a pas de lieu où se reposer, et cela signifie qu’il faut constamment construire son réseau, trouver une plateforme où communiquer. Avec les “vieux médias”, il y avait des lieux pour ça (le salon, où l’on regardait la télévision, ..), aujourd’hui, ce sont des relations qui tiennent ce rôle.

– Les relations ne sont plus focalisées sur un centre d’attention. Il y avait un centre avant. Aujourd’hui, ce sont des relations affectives, pratiques, … L’affectivité est diffuse, jouant sur de nombreux fronts.

– La relation a-institutionnelles des relations en réseaux. Les grands médias étaient une garantie de sérieux. L’institution est une garantie de sérieux, de crédibilité. Aujourd’hui, ces lignes doivent constamment être renégociées, Ce n’est pas anti-institutionnel, mais a-institutionnel.

En fait, selon le chercheur, on essaye tous de reconstruire dans le monde du réseau les relations préexistantes qui nous ont déterminés. On doit donc penser avec un regard de conversion notre mode de construire la communauté du réseau.

C’est ensuite Mario Calabresi, le directeur du journal La Stampa, qui a rappelé que les journalistes ont eu peur du réseau, car ils ont vu que l’internet était plus rapide qu’eux. Mais selon lui, les journalistes doivent s’impliquer plus dans les nouveaux médias. En fait, une étude a montré que toutes les infos de l’internet (ou la majorité) vient des journaux.

Il a également pointé le risque de la superficialité sur le net. La rapidité du net fait qu’il n’y a plus de contrôle. Dans ce monde rapide, il y a donc aujourd’hui un besoin majeur de réflexion, de prise de recul. « Il faut donner le contexte pour que le sensationnalisme ne se substitue pas à l’information, et que la vitesse ne soit pas l’ultime conquête du journalisme » disait-il. Ainsi, l’approfondissement et la présentation du contexte que donnent les journaux servent le contenu direct. Et dans un message plein de lucidité, il rappelait que même pour les journalistes, il fallait se servir de la technologie et non en devenir esclave.

Le soir (pour être complet), les participants ont visité la chapelle Sixtine, pour insister sur l’importance de la culture aujourd’hui comme hier.

Voilà, il aurait fallu en dire bien plus pour cette première journée d’hier, citer tous ceux qui sont intervenus, mais c’est déjà de trop… Bonne chance et félicitations si vous êtes arrivés jusqu’ici…

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