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Abbé Michel 0 – Mgr Nourrichard 1


Vous connaissez certainement Thiberville. Soit vous en avez entendu parler à la radio, vous avez peut-être vu des images à la télévision, lu des articles dans la presse ou sur internet… En fait,

Tout le monde connaît la célébrissime affaire de Thiberville, dans le diocèse d’Évreux. Ce diocès est l’un des plus sinistrés de France. Après Mgr Gaillot et Mgr David, le peu génial Mgr Nourrichard gère la faillite d’une terre jadis chrétienne, où les églises se ferment les unes après les autres, les catéchismes sont désertés, les vocations découragées, les finances asséchées.
Dans ce désert, un prêtre, l’abbé Francis Michel, maintient la plus vivante des paroisses, Thiberville.

(toutes les citations, outre celles du concile, sont tirées d’un article trouvé en surfant sur internet)

Franchement, c’est à rien n’y comprendre. Une paroisse qui marche bien, un curé qui remplit son église, et voilà qu’on veut le faire partir… Quelle idée ! Mais bon, il se trouve que l’abbé Michel est un peu « traditionnel ». Alors forcément, ça dérange…

Il se trouve que ce curé, qui n’est pas issu du monde traditionaliste mais qui est profondément traditionnel, avait appliqué par anticipation le motu proprio Summorum Pontificum depuis de longues années. Chez lui sont célébrées des messes dans la forme dite aujourd’hui « extraordinaire » et des messes dans la forme « ordinaire », mais de manière conforme aux vœux de Benoît XVI et « tournées » vers le Seigneur.

Bon là je n’y tiens plus… Comment peut-on vider un curé si visionnaire qu’il sait avant même que le pape le décrète ce qui sera la futur ? Anticiper sur la règle de l’Eglise, c’est un signe qui doit porter au moins à la sainteté… STOP ! Si un jour les prêtres peuvent se marier, ira-t-on dire que els braves confrères qui ont posé un geste prophétique dans les années 1970 « anticipaient » ce que le pape allait décider ? Avant la sortie de ce Motu Proprio, Mr l’abbé Michel était hors la loi de l’Eglise. Anticipation ou pas, il ne faiait pas ce que l’Eglise demandait.

Et puis, en célébrant la messe, lors de la consécration, j’ai le Christ devant moi… donc je lui fais face, je suis tourné vers lui, comme les fidèles… Alors moi aussi, je suis comme l’abbé Michel, « tourné vers le Seigneur ».

Vous l’avez compris, j’ai un peu de mal avec cette affaire. Car quand un prête est ordonné, il déclare à l’évêque (même s’il est « peu génial », je dont je ne sais absolument rien…) qu’il s’engage à lui obéïr… Pas au pape, ni aux fidèles qui manifestent leur attachement à un prêtre, venant peut-être (je n’en sais rien), des paroisses assez lointaines pour suivre le style d’un confrère qui leur plait bien… Mais bon, continuons la lecture du merveilleux article de http://www.chretiente.info (rien que ça) :

Le résultat ? Thiberville et les 14 clochers que dessert l’abbé Michel formaient l’ensemble catholique le plus vivant et le plus missionnaire  du diocèse d’Évreux : église de Thiberville comble à toutes les messes, desserte « tournante » des autres églises, catéchismes, participation active des fidèles, foule d’enfants de chœur, confréries, toutes les églises magnifiquement restaurées, enterrements célébrés par le curé lui-même… Ces paroisses où la communion de tous les catholiques est vécue de manière exemplaire est un modèle d’application de la volonté du Pape.

Tiens tiens : « participation active des fidèles » ! Le concile, porteur de tosu les maux avec sa liturgie décadente, est bienutile parfois. C’est bien dans la constitution sur la liturgie qu’on parle de « participation active des fidèles »… « L’Esprit du concile », quand il sert les intérêts des uns et des autres, c’est cool ! Mais je propose alors aussi de relire le document sur le ministère et la vie des prêtres : « La fonction des prêtres, en tant qu’elle est unie à l’ordre épiscopal, participe à l’autorité par lequel le Christ lui même construit, sanctifie et gouverne son Corps »  (Presbyterorum ordinis 2)(en latin pour les plus irréductibles, ça donne : « Officium Presbyterorum, utpote Ordini episcopali coniunctum, participat auctoritarem qua Christus Ipse Corpus suum extruit, sanctificat et regit« )… en tant qu’elle est unie ! Quand on se désolidarise de son évêque, possède-t-on encore cette capacité à sanctifier le Corps du Christ ? On peut également citer PO 7 :

Quant aux prêtres, ils savent que les évêques sont revêtus de la plénitude du sacrement de l’Ordre ; ils doivent donc respecter en eux l’autorité du Christ Pasteur suprême. Qu’ils aient pour leur évêque un attachement sincère, dans la charité et l’obéissance. Ce qui fonde cette obéissance sacerdotale imprégnée d’esprit de coopération, c’est la participation même au ministère épiscopal que les prêtres reçoivent par le sacrement de l’Ordre et la mission canonique.
L’union des prêtres avec les évêques est une exigence particulière de notre temps : à l’époque où nous sommes, bien des raisons font que les initiatives apostoliques doivent non seulement prendre des formes multiples, mais encore dépasser les limites d’une paroisse ou d’un diocèse. Aucun prêtre n’est donc en mesure d’accomplir toute sa mission isolément et comme individuellement ; il ne peut se passer d’unir ses forces à celles des autres prêtres sous la conduite de l’Eglise.

Mgr Nourrichard, en col Romain, avec toute la panoplie épiscopale ! Pas mal pour un post conciliaire...

Qu’y lit on ? « Les évêques sont revêtus de la plénitude du sacrement de l’Ordre », les prêtres « doivent donc respecter en eux l’autorité du Christ Pasteur suprême » ! Mais voyons ce que le concile dit de l’autorité de l’évêque et du rôle des prêtres dans le diocèse (et pas que dans la paroisse) :  » En outre, que tous les prêtres diocésains soient unis entre eux et qu’ils soient poussés par le souci du bien spirituel de tout le diocèse » (Christus Dominus 28), ou encore

Dans l’exercice de leur mission, les curés doivent, avec leurs auxiliaires, remplir la charge d’enseigner, de sanctifier et de gouverner d’une manière telle que les fidèles et les communautés paroissiales se sentent véritablement des membres du diocèse et de toute l’Eglise universelle. Aussi devront-ils collaborer avec les autres curés, avec les prêtres qui exercent une charge pastorale sur le territoire (par exemple, vicaires forains, doyens) ou avec ceux qui sont affectés à des oeuvres de caractère supraparoissial, afin que la pastorale dans le diocèse ne manque pas d’unité et soit rendue plus efficace. (CD 30)

Bon, je m’arrête là. Certes, je ne connais pas les raisons de ce conflit (qui apparemment n’est pas nouveau. Certes, l’abbé Michel aime certainement de tout son coeur le Seigneur, et Mgr Nourrichard aussi. Sauf que l’un a reçu une autorité, un pouvoir pour un diocèse, et l’autre pas. Peut-être est-ce une mauvaise décision… Mais porter ce conflit devant la face des médias et de la France en est aussi une mauvaise… La question, c’est de savoir si l’abbé Michel aime l’Eglise , si ses paroissiens aiment l’Eglise, voulue par le Christ comme moyen de Salut ? Si oui, pour le bien de l’Eglise diocèsaine, pour le bien de l’Eglise Universelle, ils accepteraient cette nomination. Ce serait aussi une double chance : pour le successeur de l’abbé Michel, qui pourrait se reposer sur une structure existante, vivante, et pour une autre paroisse (ou communauté de paroisse), afin que ces paroissiens aussi découvrent le zèle apostolique de l’abbé Michel, que ces nouvelles âmes qui lui sont confiées puissent aussi être édifiées par ses paroles et sa vie.

D’ailleurs, Rome vient de trancher en faveur de l’évêque (d’où le titre), mais déjà on nous annonce que des recours existent…

Eh oui, l’homme est faible, il tient toujours à garder ce qu’il possède… A quelques jours de la fête du jeudi Saint où le Christ a tout donné en se livrant pour nous, où il n’a rien gardé (je vous renvoie à la seconde lecture de la messe de ce jour, l’hymne aux Philippiens), ce serait aussi une belle preuve d’amour et du prêtre et des paroissiens que de penser à l’Eglise, et pas qu’à leur propre bien-être, fût-il spirituel ! Alors finalement, je suis bien d’accord avec l’article sur lequel je me suis basé, et qui conclue ainsi :

Mais il reste que pour le bon peuple de Dieu, le signe négatif ainsi donné est catastrophique.

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  1. 28 mars 2010 à 14:33

    Merci pour ce billet… 100% d’accord.

    • Lemessin
      28 mars 2010 à 15:14

      Merci. Les billets de ce genre se font un peu rare en ce moment (rédaction de mon mémoire sur la radio et son futur), mais ça fait du bien aussi de dire ce qu’on ressent.

  2. 28 mars 2010 à 15:56

    Merci Stéphane pour ce billet qui remet bien les choses en place et « dans le bon sens ».
    Bonne semaine sainte à toi

  3. Axelle
    28 mars 2010 à 16:51

    Merci pour ce billet! L’affaire m’avait aussi un peu échauffé les oreilles! C’était un peu manichéen comme présetation de l’histoire Mgr Nourrichard le grand échant, l’abbé Michel le gentil persécuté. D’autant qu’au passage les « tradis » oubliaient qu’un curé est censé devoir obéissance à son évêque.
    Mais j’ai juste une question… avant la sortie du Motu Proprio, il n’était pas interdit de célébrer la messe dans sa forme extraordinaire, si? (vous dites que l’abbé Michel était « hors la loi de l’Eglise »…

    • Lemessin
      28 mars 2010 à 17:39

      Bonne question Axelle : Ca dépend… ça dépend de qui donne la réponse. A mon sens, un rituel remplace le précédent. Les tenants de la messe de toujours emploient le rituel tridentin, et non celui proposé par la réforme grégorienne… Quand un rituel était approuvé par l’autorité compétente, à savoir au niveau universel, le pape, l’autre tombait en désuétude. Pour les tenants du bi-ritualisme, cette opinion est fausse. A mon sens, si elle l’était, on n’aurait pas eu besoin d’un Motu proprio du pape pour répondre aux demandes traditionalistes.

      Il faudrait aussi étudier la question de la coutume, qui dans le droit canon, offre des alternatives. Mais j’avoue ici mon incompétence… Il me semble cependant que le fait que, selon le Motu Proprio, ce soit l’évêque qui choisisse les prêtres qui célèbrent de manière publique dans le rite tridentin indique bien qu’il ne s’agit pas d’une simple option pastorale du prêtre.

      Si des experts sont plus informés, avec des textesde référence, je veux bien leur avis.

  4. Vianney
    10 janvier 2012 à 19:04

    La Messe de Saint Pie V n’a jamais été interdite, que certains cardinaux et prélats aient tout fait pour faire disparaitre de la surface liturgique la Messe célébrée par tant de saints et de martyrs n’est pas étonnant et est même sans aucun doute évident. Mais je rappellerai que Saint Pie V lui-même a proclamé la Messe ad aeternam, c’est à dire pour toujours. Le Motu proprio n’a pas rétabli la Messe traditionnelle qui aurait été un jour interdite, mais il a justement précisé qu’elle n’avait jamais été interdite et a tout mis en oeuvre pour que ceux qui s’opposaient, pour l’on ne sait quelle raison avouable ou non, dictée par des idéologies ou des loges ou non, ne puissent plus le faire. Malheureusement, l’orgueil étant ce qu’il est et le péché demeurant tristement présent, des évêques continuent de refuser d’appliquer les normes pontificales et empêchent la célébration de la Sainte Messe selon la forme extraordinaire, tout en acceptant les terribles voire pire dérives liturgiques véritables insultes à la face à laquelle on tourne le dos et que l’on a chassé des autels modernes, dont il y aurait à redire. La Messe selon la forme ordinaire ne sera jamais aussi bien célébrée qu’en tenant compte de l’Ars celebrandi et qu’en puisant dans la richesse de la forme extraordinaire, étant comme l’a rappelé récemment le Cardinal Ranjith, secrétaire pour le culte divin et la discipline des sacrements, la plus sûre voie pour approcher le Mystère de la Trinité. L’adoration, le caractère sacrificielle, la propitiation, le canon, le silence, la beauté liturgique sont autant d’atouts que certains voudraient voir disparaitre soufflés par esprit qu’ils prétendent saint.

    Malheureusement, la question n’est pas uniquement liturgique, elle est aussi doctrinale et c’est tout l’enjeu de l’herméneutique de la réforme.

    • 11 janvier 2012 à 10:48

      Certes, je suis d’accord avec vous Vianney, la messe de saint *Pie V n’a jamais formellement été interdite. Simplement, un rituel décrété pour l’Eglise universelle (je ne parle pas des rituels particuliers à une Eglise comme c’est le cas par exemple à Milan ou à Lyon) a toujours remplacé un rituel plus ancien. sinon, je demande à célébrer la messe en arraméen, comme Jésus. Ou à ce qu’on respecte le canon 19 ou 20 du concile de Nicée, qui demande de rester debout durant la célébration ! (Et non pas à genoux). On peut toujours remonter plus loin…

      Et puis, St Pie V a décrété qu’il s’agissait de la messe de toujours ! Ouah ! Je plains les pauvre curés qui ont célébré avant la réforme, et qui du coup n’ont pas pu célébrer cette « vraie » messe » ! La réforme liturgique n’a rien enlevé à la messe, ce n’est qu’une adaptation temporelle de l’unique messe qu’a célébrée Jésus Christ en donnant son corps et son Sang ! Oui, il y a eu des dérives, et il faut certainement apprendre à corriger ces dérives. Certainement que la liturgie extraordinaire a des choses à nous apporter. La transition a certainement là encore été trop rapide, mais bon, le motu proprio du pape n’a pas non plus déclarée hérétique cette forme de célébration à ce que je sache.

      Et puis, pour en finir, comme prêtre, et c’était le sens de l’article, je m’en remettrais toujours à mon évêque, en suivant ce qu’il me demande, comme je l’ai promis le jour de mon ordination, comme je le promets chaque année lors de la messe christmale… Quand cette communion est brisée, peut-on encore célébrer la messe, prier pour son évêque, et vouloir donner des leçons sur la meilleure façon d’être uni au Christ ? N’y a-t-il pas là une contradiction flagrante ?

  5. Vianney
    11 janvier 2012 à 00:05

    Mon commentaire a été supprimé c’est dommage, vraiment dommage et malheureusement caractéristique peu conciliant …….

    • 11 janvier 2012 à 07:16

      Non, il n’a pas été supprimé, mais je n’ai pas eu le temps de l’approuver hier soir, du coup il est resté en modération… Il est publié, et je vous répondrai dans la matinée…

  6. Vianney
    11 janvier 2012 à 11:15

    Je vous prie de m’execuser pour les fautes et les quelques oublis de mots, que l’on qualifiera de licence littéraire (lol), dont j’ai conscience qu’ils ne facilitent pas une lecture fluide de mon propos. J’attends avec joie votre réponse.

  7. Vianney
    11 janvier 2012 à 11:26

    excuser… décidément attention je n’ai pas dit de toujours, j’ai dit ad aeternam pour toujours.

    Mais on peut aussi parler de Messe de toujours « au sens premier où la messe traditionnelle, dite de saint Pie V, consiste en la célébration du sacrifice eucharistique institué par le Verbe éternel, mais encore au sens où elle est la somme des traditions liturgiques que l’Église romaine a développées durant toute son histoire afin de mieux célébrer et manifester le sacrifice du Seigneur ».

    S’agissant de l’obéissance à l’Evêque, je suis bien de votre avis, toutefois, Monsieur l’abbé, je crois aussi que parfois, il est bon de s’interroger sur la fidélité de certains Ordinaires au Siège Apostolique. Je pense que le chef de l’Eglise particulière perd son autorité lorsqu’il rompt avec l’Eglise universelle dont il est membre. C’est à la fois de le CIC et le Catéchisme qui expriment cela parfaitement. En toutes circonstances, en cas de divergence entre Rome et mon évêque, je préfère regarder vers la Rome éternelle afin d’éviter de loucher.

    • 11 janvier 2012 à 12:18

      Sur la messe, Si je reprend votre définition, faut-il à un certain moment arrêter l’évolution de la tradition liturgique ? On récupère puis on fige à un moment donné ? Personnellement, je ne suis pas d’accord sur cette vision.

      Et quand au lien avec l’évêque, quand il y a divergence, heureusement, il y a la possibilité de faire un recours à Rome. Mais faut il persister et faire appel, quand bien même la réponse de Rome n’est pas satisfaisante ?

      si je note bien, à la fin, tout le monde y a perdu : l’abbé Michel qui a changé de paroisse, et l’Eglise qui a été décrédibilisée dans l’opinion publique… C’est dommage quand même !

  8. Vianney
    11 janvier 2012 à 12:24

    Cela dit, sur la question des recours c’est l’avocat qui vous répond. L’abbé Michel avait été débouté pour des questions de forme mais absolument pas sur le fond.

    En revanche, je suis bien d’accord que la division ne sert pas l’unité pourtant indissoluble de l’Eglise comme on le proclame dans le Credo. Toutefois, reconnaissez que le prêtre qui a été mis en place à Thiberville, connu pour ses positions modernistes voire protestantes, a fait figure de provocation à la face des fidèles. Une chose est certaine, bilan catastrophique: plus de messe en la forme extraordinaire, plus d’adoration perpétuelle, de chapelet, de catéchisme catholique etc dans cette paroisse. Mais comme me disait un ami prêtre, les comptes seront rendus devant Saint-Pierre, le prêtre ayant charge d’âmes, ce qu’il ne faut pas oublier.

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