Italie, États-Unis, Brésil. Du Vatican à la conquête du monde

L’ambitieux condottiere est le cardinal secrétaire d’état, avec l’aide de « L’Osservatore Romano ». L’objectif est de s’assurer la soumission des Eglises nationales dans le domaine politique. Mais les évêques résistent et réagissent. La leçon du cas italien…

Sandro Magister, que je considère comme un vaticaniste modéré, qui ne parle pas à tort et à travers, vient de se payer la tête du cardinal Bertone… Horreur,voilà que je relaie des infos qui pourtant viennent d’être démenties par la Secrétairie d’Etat du St Siège, avec approbation du pape… Alors, pourquoi ?

Pour faire écho aux propos du pape justement. Qui invite constament, depuis quelques semaines, les prêtres, évêques et religieux (ça marche aussi pour les religieuses !) à vivre leur ministère comme un service et non une recherche du pouvoir. Ce que justement Sandro Magister pointe dans son article. Je me garderai bien de donner mon avis (qui est le mien, donc personnel) sur les vicissitudes et les développements de l’épisode Boffo de l’automne dernier.  Je vous laisse lire l’article, avec les différentes positions qu’il précise clairement, même si il penche du côté de l’accusation du cardinal Bertone, sdb (Salésien de Don Bosco, et non pas Sono Di Bertone – je suis de la clique à Bertone, comme aiment à dire les opposants au cardinal secrétaire d’Etat).

Ce qui me gêne le plus dans ce cas, comme dans les évènements, l’annus horibilis (selon l’expression d’un cardinal français pour qualifier l’année dernière), c’est le manque de gouvernement dont on fait preuve au Vatican (et ailleurs dans l’Eglise). car dans les crises de l’an dernier, personne ne s’est sacrifié pour sauver le pape, au contraire, il s’est retrouvé en première ligne. Et dire qu’il est au courant de toute l’histoire actuelle, c’est encore prendre le risque de l’exposer. A Rome, tout le monde attendait la réforme de la Curie, et elle n’a pas lieu… ce qui profite aux salésiens qui sont nommés à de nombreux postes.  En fait, en vivant ici, on se rend compte que cette fonction de gouvernement n’est pas vraiment assurée, ou enfin pas de manière très calculée, comme si on gérait à la petite semaine. Et celà, ça induit des luttes de pouvoir. D’où les interventions du pape, comme par exemple lors de l’audience de mercredi dernier (le 3 février), où le pape parlait de St Dominique :

Ordonné prêtre, il fut élu chanoine du chapitre de la cathédrale de son diocèse d’origine, Osma. Même si cette nomination pouvait représenter pour lui un motif de prestige dans l’Eglise et dans la société, il ne l’interpréta pas comme un privilège personnel, ni comme le début d’une brillante carrière ecclésiastique, mais comme un service à rendre avec dévouement et humilité. La tentation de la carrière n’est-elle pas une tentation dont ne sont exempts pas même ceux qui ont un rôle d’animation et de gouvernement dans l’Eglise ? C’est ce que je rappelais, il y a quelques mois, à l’occasion de la consécration de quelques évêques : « Ne recherchons pas le pouvoir, le prestige, l’estime pour nous-mêmes… Nous savons que dans la société civile, et souvent, même dans l’Eglise, les affaires souffrent du fait que beaucoup de personnes, auxquelles a été confiée une responsabilité, œuvrent pour elles-mêmes et non pas pour la communauté » (Homélie lors de la chapelle pontificale pour l’ordination épiscopale de cinq prélats, 12 septembre 2009).

De très beaux discours, comme ce dernier, et très justes (surtout si l’on considère le climat qui apparemment règne au Vatican et en Italie, comme par exemple depuis la lettre du cardinal Bertone au cardinal Bagnasco expliquant que c’était désormais le Vatican qui se chargerait des relations avec l’Italie et non plus la conférence Épiscopale Italienne). Et l’on pourrait continuer longtemps ainsi…

Mais j’aimerai, finalement, contrebalancer ce qui peut sembler être un réquisitoire à charge contre le cardinal Bertone, en rappelant que les journalistes eux aussi ont un pouvoir, et qu’ils devraient parfois savoir en faire une meilleure utilisation. Car la polémique toute italienne sur le cas Boffo monter bien les limites de l’exercice, surtout quand on joue aux devinettes dans un espace aussi petit que celui du Vatican et du clan Berlusconi. Jusqu’à présent, personne n’a été regarder à qui le crime profitait… Ce serait intéressant de le savoir, car si comme c’est suggéré, c’est de l’Eglise que vient l’attaque contre l’Eglise, c’est pas bien malin, et personne n’est gagnant… a moins que cela n’occulte quelques problèmes de certains dirigeants politiques et médiatiques dont je tairai le nom… Mais là, c’estune autre histoire, avec d’auts enjeux, et donc on préfère en rester à al surface du problème…

Bref, vous aurez pu constater que mon propos est peut- être un peu décousu, qu’il souffle le chaud et le froid, mais c’est justement parce que, n’ayant pas vraiment travaillé « l’affaire », je me refuse à porter des accusations ou des jugements, et il me semble qu’une presse digne de ce nom se devrait d’agir pareillement… A bon entendeur (au cas où les vaticanistes et polémistes italiens liraient ce blog), salut !

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