Fête de St Nicolas


Un Saint Patron qui nous ouvre aux autres

Permettez moi de commencer par un souvenir personnel, qui remonte à il y a environ 30 ans. Chaque année, au début du mois de décembre, dans ma ville, il y avait le défilé de la St Nicolas. Avec la distribution des bombons. Un grand monsieur, vêtu comme on n’en voit jamais, ou presque, avec une grande barbe, ça devait être un cousin du père Noël (c’est ce que je me disais à l’époque), arrivait sur un char et lançait en l’air des bombons que nous, les enfants, nous nous pressions d’aller ramasser.

Si vous venez de Lorraine, vous avez certainement connu ces défilés, vous y avez peut-être participé, ou emmené vos enfants, vos petits enfants… A l’époque, je ne savais pas plus que ça qui était St Nicolas. J’ai compris un peu plus tard que c’était le patron de notre région, que traditionnellement, il aimait les enfants (d’ailleurs, la tradition, ou mieux, les traditions, racontent plusieurs miracles de ce grand saint envers des enfants). Et puis, grandissant peu à peu, j’ai appris qu’il était évêque, de Myre, en Turquie. Et là, la question : Pourquoi un homme qui a vécu à plus de 3000 kilomètres de chez nous est notre saint patron, alors qu’on a des saints locaux ? Pour répondre à cette question, on doit se plonger dans les méandres de l’histoire, celle de St Nicolas, dont finalement on ne sait pas tant de choses avec certitudes, si ce n’est le fait qu’il ait été évêque et qu’il ait participé au concile de Nicée… Que des choses bien incompréhensibles pour un enfant d’une dizaine d’année (et même pour des enfants bien plus âgés !).

Alors on se rabat sur la légende ! Si un jour vous allez à l’église St Nicolas des Lorrains, je vous invite à regarder les stucs dans la nef de l’Eglise : Nicolas, qui venant de naître, refuse de prendre le sein de sa mère les mercredis et vendredis, jour de jeûne et d’abstinence pour l’Eglise d’Orient. Ou encore St Nicolas, venant de naître, qui se tient debout dans son bain durant 2 heures, les mains jointes pour prier,…

Et puis il y a les grandes légendes, celles que nous connaissons toutes, qui ont fait la renommée de St Nicolas, telle la légende des trois jeunes filles… Je la rappelle pour les non-lorrains qui ne la connaîtraient pas : un jour, étant averti qu’un des plus nobles habitants de sa ville, qui n’avait pas les moyens de marier ou de nourrir ses trois filles s’était résolu à les prostituer, Nicolas résolut d’empêcher cela en donnant suffisamment d’argent au père pour que ses filles puissent se marier. Ou encore, l’histoire des trois enfants dans le saloir, celle des trois militaires. Les mêmes légendes racontent les prodiges de nombreuses fois où St Nicolas a redonné vie à des morts, où il a calmé la mer, multiplié les grains de blé durant une famine, etc…

Même si ce genre d’histoire est de taille à tenir en haleine un enfant, à tous nous émerveiller, à nous faire comprendre, en grandissant, qu’au delà de la véracité de ces actes, c’est la puissance de Dieu à l’œuvre dans le monde que St Nicolas donnait à voir, cela ne résout pas la question de départ : pourquoi ce saint si lointain est-il le patron de la lorraine ? En farfouillant dans l’histoire, on découvre qu’au XIème siècle, les habitants de Bari, dans le sud de l’Italie, ont fait une expédition pour voler les restes de St Nicolas qui étaient conservés à Myre. Une manœuvre bien choquante de nos jours. Mais la réputation de sainteté de Nicolas était si grande, et son culte si délaissé dans cette ville désormais sous domination ottomane, que les braves gens de Bari voyaient cela comme un acte nécessaire pour conserver vivante la mémoire du saint.

Voilà donc notre saint patron en Europe occidentale ! Plus proche de nous. Mais Bari, ce n’est pas encore la Lorraine. Et l’on s’aperçoit avec frayeur que c’est à un autre vol que nous devons d’abriter, en la Basilique St Nicolas de Port, une phalange de Saint Nicolas. En effet, un chevalier lorrain, Aubert de Varangéville, ayant eu connaissance des prodiges attribués à saint Nicolas, décida quelques années après la translation des reliques de se rendre à Bari. Il put assister notamment à  l’inauguration de la basilique par le pape Urbain II. Ce dernier, selon certaines sources, aurait montré à la foule une phalange de saint Nicolas, voulant ainsi prouver la présence du corps de saint Nicolas. Aubert qui était donc à Bari, en profita, pour le soir même, voler la relique qui n’avait pas été remise en lieu sûr et la rapporta en Lorraine ! « Bienheureuse faute qui nous valu un tel patron » pourrait-on presque chanter !

Mais toute histoire possède une morale ! Que nous dit donc l’historie de St Nicolas. Pour ma part, je ne m’arrêterai pas aux circonstances historiques, mais plutôt géographiques. Myre, Bari, la Lorraine. Trois terres bien différentes, mais trois terres unies désormais par une même personne. A l’heure de la construction européenne, de la globalisation, des échanges instantanés sur notre planète grâce à toutes les technologies que l’homme a pu développer, j’interprète cette triple appartenance de St Nicolas comme une invitation à toujours plus nous rapprocher des autres, à chercher ce qui nous unit. A dépasser les idées reçues, pour voir comment tous, nous partageons une même existence humaine. Saint Nicolas a défendu la vie humaine et sa dignité à travers ses différentes actions. C’est ce que nous rappellent les prodiges et actions qu’on lui attribue. C’est aussi ce que nous invite à faire la foi.

En ce moment, en France, les lois de bioéthiques sont révisées. Des actions sont menées pour promouvoir une culture où la personne n’a de valeur que tant qu’elle produit ou qu’elle consomme. Osons-nous, comme chrétiens, à la suite de Saint Nicolas, nous élever contre une telle conception ? Ouvrons les débats, entre nous, avec les hommes politiques, dans la société, continuons de porter cette voix qui défend les plus faibles… « Laissez les enfants venir à moi. Ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent ». Oui, le royaume n’est pas qu’aux enfants nous dit Jésus, mais à ceux qui leur ressemblent, qui sont faibles, a qui l’on dénie jusqu’au droit d’approcher le Christ…

Et puis, pour finir, je reviens à mon enfance : la saint Nicolas, c’était tous ces enfants réunis pour recevoir ces bonbons. Cette fête, c’est aussi l’occasion de nous retrouver, ensemble, de prendre du temps pour partager nos joies, nos espoirs, nos souffrances ou nos détresses. C’est quitter la bulle qui parfois nous sert de protection, mais nous coupe des autres, parfois de Dieu même, pour être avec les autres. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais on ne trouve presque jamais une représentation de St Nicolas seul. En tableau, en gravure, en statue, il a quasiment toujours les petits enfants qui l’accompagnent, à ses pieds… J’y vois une invitation, là encore, à nous ouvrir aux autres, à nous mettre en relation avec les hommes, à l’exemple de ce qu’à fait Dieu en venant nous visiter à travers son Fils… « Laissez les enfants venir à moi » nous dit Jésus dans l’évangile… C’est ce qu’a fait Saint Nicolas, notre grand patron. Prions-le pour qu’il nous aide à vivre cela, et que nous soyons ainsi toujours plus ouverts à Dieu.

Amen.

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  1. 6 décembre 2011 à 21:35

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