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Le défi d’une parole d’Eglise compréhensible à l’heure du numérique.


Dernière ligne droite (pour moi) de cette conférence… Et pas des moindre. Allez, on accroche sa ceinture, c’est pas compliqué, mais ça déménage !

Le secrétaire général de l’Assemblée des Evêques Catholiques du Québec est intervenu lors de la conférence des responsables des Conférences épiscopales pour les médias, qui se tient jusqu’à demain (dimanche), au Vatican. Voici un petit aperçu de son exposé (voir tout en bas pour trouver le texte complet)

CEEM2Et ça commence fort pour les francophones, par une allusion à Astérix et Obélix ! Pour Bertrand Ouellet, aujourd’hui, on est devant la marmite de potion du druide “Revolutionnumerix”. Et à l’écran (enfin, sur les écrans) apparaît l’image d’un druide (tiré d’Astérix) qui dit « Et voici la potion qui fait Zap et Clic ». « C’est la génération du Zap et du clic » commente le présentateur. L’ère numérique, ce n’est pas qu’internet, mais tous les médias transformés par le numérique, d’où le “zap”. Et il explique que les jeunes qui sont tombés dans cette marmite pensent différemment, ils ne sont pas comme leurs ancêtres.

Alors, comment nous (les vieux Internet Migrants), sommes nous changés par la potion numérique ? En partant de sa propre expérience, Bertrand Ouellet déploie 6 changements qu’il a constaté !

Le 1er changement : on a à disposition un outil de travail universel, sur lequel on fait tout (photo, vidéo, mail, texte,…) Avec le numérique, on est en train de créer des passerelles, et donc on peut mieux se comprendre. Mais verrons-nous des types plus polyvalents d’artistes ou d’ingénieurs, à la manière de Léonard de Vinci ?

Le 2ème changement : « je pense de plus en plus comme une souris : le clic m’a habitué à organiser les infos comme des liens ». C’est la logique de l’association des idées. On est loin d’une organisation systématique, comme on la trouve dans une table des matières. C’est la méthode des mots-clés, on pense par associations d’idées, mais « quel impact cela aura-t-il, à long terme, sur le langage religieux », sur la pensée ???

Le 3ème changement : « je suis habitué à l’interactivité dans l’ère de l’information ». Ce qui est écrit n’est jamais définitif. Désormais aussi, « scripta volant », les écrits s’envolent… Comment les Ecritures (la Bible) peuvent-elles donc avoir un sens pour la nouvelle génération, qui n’a plus le même sens de l’écrit et de la pérennité de ces écrits.

4ème changement : « je n’écris plus comme avant ». On est très libre pour écrire, on ne commence pas forcément par l’introduction, on déplace des idées, des paragraphes, on organise et réorganise les choses.

5ème changement : « ma mémoire a changé ». A l’époque, on conservait des revues, ce qui constitue une trace concrète. Aujourd’hui, si j’avais 15 ans, je consulterai plusieurs fois par semaines le site qui me donne l’information immédiatement. Mais cela implique que l’on ne garde pas de traces de la même manière. En effet, le site change, on n’a pas accès à ce qui existait il y a 2 jours ou 2 ans… où du moins pas de la même manière. « Si l’ère numérique est l’ère de l’information immédiate et au présent, comment cela affectera-t-il ma mémoire ? »

6ème changement : on est dans l’ère du Zap. On choisi, selon ses conditions de vie, selon son état d’esprit, de voir tel ou tel programme. « A l’heure du zap, la seule parole entendue est celle qui me plait ». Alors que la multiplication des sources devrait conduire à une population mieux informée, se pourrait-il que l’on assiste à l’autre possibilité. “Je vais chercher mon lointain semblable et non mon proche différent” ».

Mais Bertrand Ouellet continue en rassurant les participants à la renconter : « Nous avons dans l’Eglise des choses qui sont un avantage pour l’avenir. Nous devons tirer de notre trésor du neuf et du vieux » dit-il. Et il détaille, là encore, 6 pistes :

400_F_383294_fx9SLaTr6Yjb4sqWcatiSvNzwGrBH11ère piste : le pouvoir de zapper = le pouvoir de refuser une info. C’est peut-être le plus grand défi qu’a à relever toute autorité enseignante, voire magistérielle ! Jésus enseignait comme une autorité qui ne se fonde pas sur une autre autorité, qui n’est pas livresque (il n’enseignait pas comme les scribes). Le témoin ne peut pas évoquer d’autre autorité que son expérience (cf. Paul VI, Evangelii Nuntiandi).

2ème piste : le pouvoir du clic : nous attendons tous que toutes les infos soient mises en ligne très rapidement. Des infos qu’on recherche tous par différents moyens. Une recherche qui n’est pas forcément ordonnée aujourd’hui, qui ne part pas forcément du début (linéairement)… Face à cela, notre expérience chrétienne nous donne le modèle de l’accompagnement : il faut répondre à la demande quand elle apparaît, sans la précéder, mais “immédiatement” quand la question surgit (cf. Philippe sur la route de l’énuque éthiopien, dans les actes des apôtres). « C’est ce rôle qu’il nous faut jouer à l’heure de l’ère numérique. Un rôle essentiel, car il permet d’avancer, mais difficile, car il ne faut jamais les précéder. (…)L’ère numérique est une ère propice à l’éveil, à l’accompagnement », dixit Bertrand Ouellet !

3ème piste : nous sommes dans l’ère de la fragmentation. « Aux médias de masse succèdent des masses de médias », et d’ailleurs, « Internet n’est pas un nouveau média de messe, c’est tout autre chose » explique le conférencier. Partout dans leurs vies, les gens s’attendent à une réponse particulière, personnalisée. Il en est de même dans le monde religieux ! L’expérience d’Eglise doit être présentée comme « une symphonie des charismes », des expériences. Et notre tradition chrétienne est de ce côté très riche, dans la diversité des personnes et des charismes.  La multiplication des nouveaux mouvements ecclésiaux est dans e sens un signe des temps. Effectivement, il y a un danger d’éclatement, mais c’est aussi une chance d’atteindre chaque personne. C’est une voie exigeante pour l’Eglise et son personnel, car elle impose aux communicateurs chrétiens de connaître leur héritage.

4ème piste : on est traditionnellement (les vieux Internet Migrants toujours) habitué à penser de manière hiérarchique en ce qui concerne la diffusion d’un message. Avec internet, on est dans un réseau planétaire, sans centre. L’Eglise, rapporte Bertrand Ouellet, est née sous la forme d’un réseau (les apôtres, cf. les actes des apôtres). L’univers classique présente l’Eglise comme une pyramide. A l’ère de la toile, le réseau des Eglises locales doit être mis en évidence. Un réseau où le rassemblement dans l’unité doit se jouer autour du ministère pétrinien. Facebook veut contruire des communautés (building communities), pourquoi aurait-on peur de présenter l’Eglise comme diverses communautés ? A l’ère de la toile, présentons l’Eglise comme ce qu’elle est, un réseau, conclu le conférencier.

5ème piste : la tradition et la Tradition dans le rapport à l’interactivité (cf. le document« Annoncer l’Evangile dans la culture actuelle au Québec » des évêques du Canada) [et je tiens à signaler qu’on peut rappeler ici tout ce qu’à dit Congar sur la Tradition]. Les expressions utilisées par les évêques canadiens sont toute centrées sur l’interaction, des relations qui peuvent faire craquer la bulle de subjectivité dans la quelle pourrait s’enfermer la personne. A l’heure d’internet, il faut redécouvrir la Tradition comme une espèce de tchat (espace de discussion en direct pour les vieux Internet Migrants) où tout le monde participe ! Osera-t-on parler de “wiki-ecclesia” ?

6ème piste : nos “documents” sont multimédias. La question du virtuel ouvre les voies de la fantaisie. Dans le trésor de l’Eglise, l’expérience symbolique, liturgique, mystagogique, peut proposer une ouverture au monde virtuel, et celui-ci peut se retrouver dans ces expériences. Une expérience qui, selon l’auteur de la conférence, sera d’autant plus parlante qu’elle sera non verbale et basée sur les gestes !

C’est alors le temps des questions. La première vient de petit frère Bruno (le jeune Hacker présent) qui demandait comment réaliser ces souhaits (très bien ce jeune hacker, les pieds bien sur terre !). Bertrand Ouellet répond tout simplement que ce sont les jeunes générations qui feront (devront faire) ce changement ! 15a, 1-1, balle au centre !

Si comme moi cette rapide présentation vous a plu, vous pouvez avoir le texte complet (en PDF) de cette conférence à l’adresse : www.bertrandouellet.com/CEEM2009.html

Dans une seconde partie de l’après midi, c’est une présentation de différents sites internet qui ont été présentés.

Radio Vatican débute : « on ne veut pas que tout le monde vienne sur notre site, mais que nos contenus soient toujours plus diffusés » dit Pietro Cocco, le responsable du Web Team de la radio. En fait, explique-t-il, c’est le principe de la syndication radio qui s’applique au web !

nabbiAprès le site des évêques anglais (là, on commençait à saturer, les évêques à sortir un peu), la présentation d’un site catho pour les enfants (www.nabbi.be) pour répondre aux enfants dont les parents se sont éloignés de la foi ou de l’Eglise. C’est un site destiné aux enfants de 8 à 12 ans, qui utilise comme espace la métaphore d’une chambre d’enfant. Naabi, c’est un nom qui vient de la tradition juive, qui signifie prophète. Sur ce site, on trouve des jeux (pas violents quand même, c’est-à-dire sans violence, je ne parle pas encore le djeun’s, c’est trop violent pour moi !). On y trouve aussi des e-cards. Vous pouvez aller le visiter, pas de problème, même si vous avez plus de 12 ans. Et là, ca fait peur, le site tel qu’il existe aujourd’hui, coûte 100.000 € (non, je ne le dirai pas, on ne va parler de chiffres pour tout gâcher). Plus religieusement, si j’ose dire, les enfants peuvent écrire  des prières, et les partager. En fait, si on sait qu’il ya un chat inclus (avec la supervision d’un adulte), etc…, on comprend la nécessité de ces moyens…

Et là, vous croyez que c’est fini ??? Non, ça continue sur le copyright, l’Open Source,… mais ça, ce sera pour plus tard !

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