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Les hommes politiques se moquent-ils de nous ?


La République, de PlatonQuand j’étais jeune, au collège, puis plus tard au lycée, je suivais des cours de grec. Et je me souviens avoir traduit une partie de la République de Platon. J’avoue qu’à l’époque, je m’attachais plus au texte traduit, à voir si les mots que je devinais et que je traduisais en français avaient un peu de sens qu’aux idées déployées dans le récit. Et puis, en Terminale, on a traduit le Criton (enfin, des extraits toujours, j’étais en classe scientifique, le grec, on s’en moquait un peu, c’était plus pour le fun !). En parallèle des cours de philosophie, cet opuscule où Criton essaye de convaincre Socrate de s’enfuir de prison et où le vieux sage philosophe lui déclare que ce serait renier toutes ses convictions et tout son enseignement m’a plus marqué ! Oui, à l’époque, j’étais d’accord avec lui, mais comme le disais Brassens,  « Mourrons pour des idées, d´accord, mais de mort lente ».

Mais bon, revenons à Socrate, ou à Platon, vu qu’on ne sait pas trop qui dit quoi ente ces deux-là ! Le philosophe dresse, dans la République, un réquisitoire contre la démocratie. C’est dans le livre VIII, juste après le livre VII (logique !) celui où l’on trouve l’allégorie de la Caverne. Si, souvenez-vous, vous l’avez travaillé en philo quand vous étiez au lycée. Selon Platon, la démocratie, c’est « un gouvernement agréable, anarchique et bigarré, qui dispense une sorte d’égalité aussi bien à ce qui est inégal qu’à ce qui est égal ». La formule vous l’aura fait comprendre, ce pouvoir du peuple (selon les mots dêmos, peuple, et krátos, pouvoir) n’est pas forcément en odeur de sainteté chez Platon. Qui lui préfère clairement l’aristocratie.

Mais pourquoi nous parle-t-il de tout cela devez-vous vous dire ? Tout simplement parce que je commence à me demander si Platon n’avais raison, ou tort d’ailleurs. Oh, rassurez-vous, je reste fondamentalement un démocrate, mais j’y mets des conditions. Tout comme je trouve qu’il y a dans l’aristocratie, telle que décrite par le philosophe, des points intéressants pour notre époque. Regardez la semaine passée. Ça a commencé dimanche, avec les élections du président de l’UMP. Fillon vs Copé ! Deux candidats déjà, seulement. Un vrai bipartisme, dont les français sont friands auquel les français sont habitués. Et puis, c’est tellement facile de voir la vie en noir ou en blanc, enfin, en filloniste ou en copéiste (je parle pour les militants de l’UMP bien sûr, j’imagine que les adhérents du PC, s’il y en a encore, doivent bien s’en moquer). Depuis dimanche soir, à l’UMP, c’est le drame ! Le parti qui revendique le plus d’adhérents n’a pas réussi à départager les candidats dans la soirée. Bon, on reporte tout ça à lundi. Déjà, les responsables passent pour de grands guignols. Mais ce n’est que le début. Vous connaissez la suite. Copé est déclaré vainqueur, Fillon le reconnaît, puis on constate qu’il y a eu l’oubli de 3 fédérations, ce qui donnerait Fillon gagnant, mais Copé ne veut pas revenir en arrière,… bla bla bla, et finalement c’est Juppé qui devient le médiateur entre les deux candidats, mais il sent que ça ne prend pas, et c’est reparti comme en 14 !

Quand on pense qu’on se moquait des passes d’armes à gauche, au PS lors des primaires ou pour la désignation du Secrétaire national d’Europe Ecologie Les Vers, y’a de quoi rire ! Ce qui est plus dramatique, c’est que nos amis les politiciens chevronnés qui se battent pour le poste et les strapontins ne voient pas qu’ils décrédibilisent la fonction politique ! Tout le monde est témoin qu’ils se battent pour le job, au point d’en arriver à ne plus s’inquiéter des personnes qui leur ont donné confié remis cédé concédé leur voix. Ils sont incapables de compter correctement, on entend le mot de tricherie ou de fraude à tout bout de champs, et ils voudraient qu’un jour on leur confie le gouvernement du pays (ok, ils l’avaient il n’y a pas si longtemps !) Eh ben, je ne sais pas pour vous, mais ce n’est pas gagné.

Remarquez, de l’autre côté, ce n’est guère mieux. Le président de la République, sur un sujet assez chaud, le mariage pour tous, annonce qu’il y aura une clause de conscience pour les élus qui ne voudront pas célébrer les unions homosexuelles, et le lendemain, après avoir rencontré des militants homosexuels, revirement de bord. Si ça ne relève pas de l’amateurisme et du clientélisme, je ne sais pas trop de quoi il s’agit.

Et il y a un dernier élément qui est encore pire. Vendredi, grande discussion à Bruxelles, sur le budget européen. Les anglais font de la résistance par rapport au projet proposé (en même temps, ce sont des anglais, normal qu’ils ne soient pas d’accord, regardez, ils ne roulent même pas du bon côté de la route). En cause, une augmentation d’environ 50 milliards par rapport à l’exercice précédent, certes, sur environ 1000 milliards, ce n’est pas tant que ça. Juste 5 % ! Mais 5 % de plus alors que les états sont tous endettés, que les programmes de rigueur sont drastiques en Grèce ou en Espagne, et bientôt en France, c’est quand même un peu gros !

Alors oui, je dis stop ! Stop à cette manière de faire croire au peuple qu’il dirige, alors que ce sont quelques élites qui tiennent le pouvoir. A tel point qu’elles se battent pour le conserver, au détriment de ceux qui les ont élu parfois. Stop à cette démagogie qui consiste à voter un texte à Bruxelles ou Strasbourg pour ensuite le critiquer dans son pays. Stop à ce gaspillage d’argent publique par des élus (ou des technocrates) qui semblent eux-mêmes totalement déconnectés de la vie des citoyens. Stop à cette déconnexion entre le peuple (le dêmos) et le pouvoir (le krátos).

Et du coup, j’ose une proposition. Qu’il faille des élites, ce que Platon appelle l’aristocratie, je n’y suis pas opposé, bien au contraire, et je voudrais d’ailleurs qu’elle soit plus nombreuse ! Un mot pour dire que cette aristocratie, bien entendue, n’est pa de sang, mais élective. Je suis un démocrate, je vous l’ai dit ! Mais finalement, pourquoi concentrer le pouvoir entre quelques mains ? La proposition 48 du candidat Hollande, que Mr Jospin a remis au gout du jour avec son rapport sur  la modernisation de la vie publique, sur le non-cumul des mandats, me paraît certainement, de ce point de vue, largement prioritaire par rapport à la question du mariage pour tous. Cela permettrai un élargissement de la base des élus, l’irruption de sang neuf dans le système démocratique, qui le deviendrait encore plus. Les élus ne seraient plus tentés aussi facilement par une démagogie qui ruine leur crédibilité et tend à leur faire perdre de vue le Bien Commun. Ils seraient alors vraiment cette aristocratie dont rêvait Platon… celle qui saura nous redonner goût à la chose publique et à la vie de la cité.

C’est le régime politique qui nourrit le peuple. Il produit de braves gens, s’il est bon, des méchants, s’il est mauvais. Il convient donc de montrer que nos ancêtres ont été élevés dans un régime bien réglé, qui les a rendus vertueux tout comme les hommes d’aujourd’hui, au nombre desquels comptent les morts ici présents.

C’était alors le même régime que de nos jours, le gouvernement des meilleurs, par lequel nous sommes régis aujourd’hui comme nous l’avons toujours été depuis cette époque, la plupart du temps. Tel l’appelle démocratie, tel autre du nom qui lui convient mais c’est en vérité une aristocratie avec l’assentiment de la foule. Des rois, nous en avons toujours. Tantôt ils le sont par leur naissance et tantôt parce qu’on les choisit mais le pouvoir dans la cité est pour la plus grande part entre les mains de la foule, qui attribue charges et commandements sont à ceux qui à chaque fois lui ont paru être les meilleurs.

Ménexène, 238 c

PS : Avis à tous les hommes politiques qui ne sont pas d’abord et avant tout dans les appareils des partis ou devant les caméras, qui oeuvrent au bien être de leurs concitoyens, sans chercher leur avantage, continuez ! Merci.

PS 2 : Si vous êtes convaincus par ces propos, je suis désolé, je ne présente pas aux élections, mais vous, vous pouvez le faire ! Foncez !

  1. Axolotl
    25 novembre 2012 à 11:07

    Sur le point 48 du programme, ça achoppe (de bière ?) sur un point majeur : ce sont les députés qui votent les lois. Et s’ils parviennent à voter certaines, ils coincent quand il s’agit de s’attaquer à leurs "privilèges". On pourrait diminuer le nombre de députés, modifier un peu leur rémunération, limiter les cumuls et (surtout, à mon sens) le nombre de mandat (maire ou député depuis 25 ou 30 ans… Ça me gêne). Mais non. Quand certains tentent, ils sont vite submergés par une majorité qui mélange tous les bords politiques.
    Sur l’absence de démocratie, Hervé Kempf parle d’oligarchie et il n’a pas vraiment tort (ses bouquins, même quand on n’adhère pas à toutes ses idées sont intéressants).
    Donc, oui, démocratie, mais je crois qu’elle échappe au dêmos…

    • 25 novembre 2012 à 20:00

      @Axoloti. Platon aussi en parle, et il n’est guère plus tendre avec cette forme de gouvernement qu’avec la démocratie. Et c’est vrai qu’hier en parcourant Wikipedia (j’ai perdu mon exemplaire de la République, arfff), j’ai eu presque enviede parler des autres formes (y compris la tyrannie, notamment sur les question européennes…), mais bon, faut se limiter aussi… C’est en fait une chronique radio, qui doitr faire dnas les 5 minutes, donc pas d’excès…

  2. 26 novembre 2012 à 14:38

    Est-ce qu’une démocratie représentative n’est pas une aristocratie tempérée (par le peuple) ? Sans doute, même si cette formulation est rejetée. Après il ne faut pas caricaturer, malgré le caractère profondément décevant des derniers événements. Oui, les hommes politiques raisonnent pour préserver leur intérêt, oui les organisation partisanes et administratives font de même, oui le peuple est parfois le dindon de la farce. Pour autant, n’oublions pas que le système représentatif et démocratique force un certain alignement d’intérêt entre le peuple et ses élus. Si elle peut être taxée de lâcheté et de manque de vision, la classe politique n’est évidemment pas homogène et certains élus peuvent faire des choix ouvertement difficiles dans le souci du bien commun.

    S’agissant du cumul des mandats, je ne suis pas sûr qu’il soit au cœur de la problématique que vous soulevez. Un député mono-mandat ou un maire du même acabit peuvent très bien être populistes, démagogues et, au final, peu utiles à la collectivité dans l’exercice de leur mandat politique. Et je ne vois pas trop comment en gonflant le nombre de personnes mandataires de charges publiques l’ont pourrait changer les choses sur le long terme : le sang neuf s’embourgeoise assez rapidement, je crois.

    Au contraire, je me demande s’il n’est pas imprudent d’examiner la question du cumul des mandats sous le seul angle de la lutte contre la "rente politique" (qui est, elle, très justifiée). On trouve chez Tocqueville (et Burke, aussi) une critique intéressante de la classe politique française en 1789 et au cours des années qui suivirent : les élus ou participants actifs au débat public ouvert par la Révolution étaient de deux sortes, des praticiens purs d’une part (ancien "hauts fonctionnaires" de l’Ancien Régime) ou des idéologues purs (les "philosophes"), les deux camps connaissant une domination nette des juristes. Bref, il fallait composer avec des élus gestionnaires qui peinaient à prendre un recul philosophique et politique suffisant ; ou avec des idéologues réellement éloignés des réalités concrètes et ignorants des contraintes sociales, culturelles et physiques du pays. Nous avons un peu le même problème aujourd’hui, entre ceux qui veulent tout bazarder (notamment chez les partis extrémistes) au nom d’un renouveau ou d’une révolution ; et ceux, bien établis, pour qui modération rime bien trop avec immobilisme tant ils sont conscients des difficultés à réformer, à changer et à mener les hommes avec leur inertie naturelle.

    Le député-maire, dans ce contexte, n’est pas le pire profil de la bande. Par son mandat d’élu local, il acquiert une connaissance des contraintes du terrain et une confrontation régulière avec la réalité sociale (même s’il passe le plus clair de son temps à Paris, il est bien obligé de régler les problèmes qui se posent à quelques centaines de kilomètres de là). A rebours, son mandat politique national et sa participation éventuelle à une majorité parlementaire portée par des millions de voix d’électeurs, lui donne la légitimité pour faire des projets plus ambitieux pour la collectivité qu’administrer efficacement le ramassage des ordures ménagères…

    Dans ce débat, il serait donc assez judicieux de viser plus les conditions de bon exercice d’un mandat et du bon renouvellement de la classe politique. Cela conduirait sans doute à limiter les possibilités de cumul, mais peut-être pourrions-nous voir un certain intérêt dans un double mandat national et local.

    • 27 novembre 2012 à 01:02

      Bonjour Hohenfels

      Pour vous répondre, le fait d’augmenter le nombre d’élus et de limiter leur mandat les rendra, selon moi, plus attentif à leur charge. En outre, le fait d’augmenter leur nombre donnera aussi, il est à l’espérer en tout cas, l’envie de s’engager à plus de monde, le "niveau" à atteindre pour peser dans la vie publique (au moins locale) étant moindre.

      Le problème, à mon sens, est moins celui du député-maire (szi la ville n’est pas trop grande), que celle des députés qui siègent aussi dans les conseil régionaux ou départementaux, voire les président ! Là, il y a quand même une limite à l’exercice ! Sans parler des Communautés de Communes, ou d’agglomérations, qui prennent de plsu en plus de poids, et dont les élus sont simplement, pour la majorité, une chambre d’enregistrement des décisions prises par des fonctionnaires (et donc hors de tout cadre électif).

  1. 25 novembre 2012 à 08:37
  2. 25 novembre 2012 à 21:22

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